Les critiques du San Francisco Chronicle se montrèrent élogieuses à l'égard du jeune acteur : "Jeremy Brett, un radieux jeune anglais aux yeux clairs, a quitté le théâtre londonien pour venir à Hollywood jouer Freddie Eynsford-Hill dans My Fair Lady. Il s'agit d'un jeune homme désœuvré qui devient entièrement et excessivement dévoué à Eliza Doolittle, chante "On the Street Where You Live" en la poursuivant de ses attentions et qui est presque sur le point de l'épouser."On peut lire dans un article : "Jeremy Brett est poli et attentionné ; il a de l'humour et un esprit plein d'entrain ; il a remporté le rôle de Freddie dans "My Fair Lady" sur une quarantaine d'autres jeunes gens britanniques."
My Fair Ladyde George Cukor- 1964 -Rôle: Freddy Eynsford-Hill
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Le tournage de My Fair Lady fut loin d'être le rêve américain tant espéré. Il fut même très difficile et ponctué de querelles occasionnelles. Jeremy avoua plus tard : "Ce fut la pire des décisions que j'aie jamais prise ! Ce fut huit mois de frustrations. Cela paraissait être si beau au début. On m'avait dit que le rôle du jeune premier serait mis en valeur. Mais ce ne fut pas le cas."Malheureusement, l'intuition de Jeremy se révéla exacte. Rex Harrison ne pouvait pas imaginer qu'un simple second rôle puisse chanter dans "SA" rue. L'immense maquette de Wimpole Street où habitait le Professeur Higgins ressemblait davantage à la rue principale de Dodge City, lieu où Harrison se tenait prêt à la confrontation. Cela n'amusait par Jeremy: "Je regardais Rex - en pensant 'Vieux singe !' - Je demandais : "Et que va-t-il arriver maintenant, allons-nous chanter dans un hangar glacé ? Où dois-je aller chanter cette chanson si je ne peux pas la chanter dans la rue ? Je parle de "CETTE RUE". Faut-il que je grimpe le long de la gouttière et chante sur toit ? Ou bien dois-je aller chanter au sous-sol ?". Il fallut construire une seconde maquette de Wimpole Stree afin que Jeremy puisse chanter "On the Street Where You Live" sans gêner la prestation de Rex Harrison "I've Grown Accustomed to Her Face".Heureusement Jeremy se lia d'amitié avec d'autres acteurs anglais pendant le tournage, tels que Gladys Cooper ou Mona Washbourne. Quant à Rex Harrisson, il ne se montra pas aussi aimable. Jeremy expliqua qu'un jour il arriva avec un gros rhume, le teint pâle et blafard, le nez rouge comme du bacon... tandis que Rex Harrisson était là, bronzé, élégant et en pleine forme. Ce dernier quand il vit Jeremy déclara : "Parfait. Il n'a pas besoin de maquillage !" Jeremy réalisa : "J'aurais dû deviner que les choses allaient mal tourner dès cet instant... "
FILM PRECEDENTJeremy découvrit avec étonnement et curiosité la côte ouest des Etats-Unis et le mode de vie hollywoodien. Dans les supermarchés, il trouvait que les légumes avaient l'air de "peintures à l'huile." "Les personnes qui vivent à Hollywood doivent rester chez elles si elles sont de mauvaise humeur. A l'extérieur tout est prétexte à la publicité.""Je me sens heureux de travailler quel que soit le rôle. L'Amérique m'a enseigné ça. J'aime travailler. Être payé pour faire ce que l'on adore est incroyable. " ("The More Than Elementary Mr. Jeremy Brett", Juin 1984).Jeremy se confia à Terry Wogan dans une interview télévisée en 1991 : "J'adore Hollywood. Je voulais vraiment être un cow-boy. Je sais, ne riez pas ! J'aurais vraiment voulu jouer un cow-boy à Hollywood... mais ça n'a pas marché !" Jeremy se rappela avec nostalgie le tournage de My Fair Lady comme "la fin d'une époque". My Fair Lady fut une des dernières comédies musicales "old fashioned" de Hollywood.
A cette épque, Jeremy venait d'entrer dans la prestigieuse troupe du "National Theatre" de Laurence Olivier qui l'avait engagé après l'avoir vu au Festival de Chichester en 1963. Sir Olivier désapprouva fortement sa décision de le quitter pour jouer dans "My Fair Lady" aux Etats Unis. Il fit de son mieux pour le retenir, mais l'appel d'Hollywood fut le plus fort. Il existait également une autre raison. Après avoir triomphé dans le rôle d’Hamlet dans le West End, Jeremy fut déçu qu'Olivier ne lui propose que le second rôle de Laertes dans la même pièce. Beaucoup plus tard, il avoua à la BBC que cela l’avait blessé. L'offre américaine arrivait à point nommé : "Si je ne peux pas jouer Hamlet, alors je jouerai Freddie, même s’il a un peu le menton fuyant." Joan Plowright, l'épouse d’Olivier, reprocha à son mari d’avoir si mal traité le jeune acteur : "Larry, vous vous êtes si mal comporté envers Jeremy, que si Eliza Doolittle avait eu une sœur, je serais partie avec lui." La Warner Bros. dû débourser 10.000 $ au "National theatre Group" pour défaire Jeremy de son contrat.
Après avoir quitté Londres, Jeremy atterrit à New York et fut alors très surpris d'apprendre qu'il devait prendre un deuxième avion. "Oh ! Un autre avion ! C'est plutôt étrange. Je suis en Amérique. J'y suis ! Je suis certain que je pourrais prendre une voiture." Mais on lui répondit "Non Mr. Brett, vous devez prendre un avion." Jeremy aimait beaucoup la géographie à l'école, mais il n'avait pas le sens des réalités, ni des distances. Il dut survoler à nouveau la même étendue pour atteindre Los Angeles. Ce long voyage l'avait laissé légèrement groggy. A l'arrivée, il loua une voiture. "J'étais très excité. Pour démarrer, j'ai appuyé sur ce que je croyais être l'accélérateur, mais en fait c'était la pédale de frein ! C'était une conduite automatique et j'ai failli traverser le pare-brise ! J'ai descendu une partie de Sunset, prit ensuite l'autoroute et suis enfin arrivé à San Diego". Le jeune acteur raconta son arrivée dans une interview de 1964 : "J'ai été submergé par l'Amérique. L'énorme vitalité – l'effervescent et l'agitation c'était simplement trop pour moi. Maintenant que je suis plus âgé, je trouve l'Amérique très excitante. Et les femmes américaines ! Elles sont si merveilleusement bien soignées – elles sont vraiment belles. Je les trouve terriblement séduisantes ! "
Si Jeremy était comblé d'avoir été choisi parmi plus de 40 jeunes acteurs anglais, il fut très frustré quand il s'aperçut que sa voix avait été doublée au montage par Bill Shirley. Il protesta : "Quand je suis arrivé sur le plateau, j'ai découvert avec horreur que quelqu'un d'autre avait chanté ma chanson." Pourtant il avait une voix magnifique, pour preuve, il se produisait avec succès dans plusieurs comédies musicales dont "The Merry Widow" en 1968 à la télévision. Jeremy a longtemps affirmé qu’il chantait lui-même le rôle et que Bill Shirley se contentait de le remplacer pour les aigus. Il admit finalement bien plus tard dans le documentaire "The Making of 'My Fair Lady"(1994) que sa voix était bel et bien doublée !Même déception pour Audrey Hepburn dont la voix était celle de Marni Nixon. Jeremy retrouva l'actrice avec bonheur pour la deuxième fois dans ce film. En 1956, il avait interprété son frère Nicholas dans Guerre et Paix. "Audrey est vraiment un amour. Il y a quelque chose de merveilleux en elle, que l'on ne peut pas expliquer, mais que tous les hommes peuvent resentir !"
Jeremy raconta les problèmes que connut Cecil Beaton, responsable des costumes et des décors, lors du tournage. Beaton avait pour modèles des figurantes européennes à la taille de sylphides, vêtues de ses tenues raffinées. Mais ces "extras" logées dans les hôtels à proximité, coûtaient trop cher à la production. Elles furent remplaçées par des reines de beauté américaines aux poitrines généreuses choisies par le Central Casting. Cecil Beaton fut indigné. "Il se tenait à la porte du studio et arrachait les vêtements de toutes celles qui arrivaient. Nous ne pouvions plus filmer ! Avec tous ces "avantages" - vous voyez ce que je veux dire - qui jaillissaient de ces robes élégantes... - c'était impossible ! Un moment terriblement comique !"La célèbre robe noir et blanc de Cecil Beaton, portée par Audrey Hepburn, dans les scènes d'Ascott, a été vendue aux enchères en 2004, pour 100.000 $.Mais ces bons moments furent un jour bouleversés par un évènement tragique de portée historique. L'assassinat de JFK, le 22 Novembre 1963. Jeremy apprit la nouvelle en plein tournage : "Nous étions en train de filmer la scène où Eliza retourne à Covent Garden avec Freddy, quand quelqu'un s'est précipité vers la voiture en disant que le Président John F. Kennedy avait été assassiné. Nous nous sommes assis dans la voiture, les stores baissés, nous étreignant l'un l'autre en pleurant sur le plateau sept de la Warner Brothers."
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