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Comme Il Vous Plaira
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Comme Il Vous Plaira - texte intégral
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Peu avant sa mort, Sir Roland des Bois confie son plus jeune fils Orlando, à son aîné Olivier. Ce dernier, jaloux de la popularité de son frère, le hait au point de décider de l'éliminer. Il s'entend avec un lutteur pour qu'il soit tué à la joute, le lendemain. Parallèlement, le vieux duc, banni de la Cour par son jeune frère Frédéric, se réfugie dans la forêt d'Ardennes. Sa fille Rosaline, amie inséparable de Célia, fille de l'usurpateur, est restée à la cour.
Malgré son inexpérience, Orlando triomphe sous les yeux de Rosaline, qui en tombe immédiatement amoureuse. Et Orlando s'éprend d'elle. Le duc Frédéric chasse à son tour Rosaline de la cour. Avec son amie, elles se déguisent avant de s'enfuir dans la forêt d'Ardennes. Rosaline est maintenant le jeune berger Ganymède et Célia, sa sœur. Orlando part rejoindre le duc dans la forêt, poursuivit par son frère. Il sauve ce dernier des griffes d'une lionne. Le déguisement des deux jeunes filles provoque une série de quiproquos et d'intrigues amoureuses. Ganymède prétend guérir Orlando de son amour, en prenant la place de sa bien aimée...
La production du National Theatre était originale et très surprenante.
Le premier metteur en scène de la pièce, John Dexter, s'était inspiré pour cette audacieuse version de  'As You Like It', d'un essai intitulé 'Bitter Arcadia' de Jan Kott. Ce critique et poète polonais avait remarqué l'interchangeabilité des hommes et des femmes.
C'est dans cette pièce qu'on trouve la tirade de Jacques aussi célèbre que celle d'Hamlet : "Le monde entier est une scène, Hommes et femmes, tous, n'y sont que des acteurs." Dexter a ensuite été remplacé par Clifford Williams qui a donc choisi une distribution entièrement masculine. Il n'y a donc pas, comme cela se faisait du temps de Shakespeare, de jeunes garçons parlant d'une voix aigue, mais des hommes adultes et virils. Clifford Williams a déclaré que son objectif était d'étudier l'amour, dans une atmosphère de pureté spirituelle, qui transcende la sexualité. "Le résultat aurait pu être répréhensible ou hilarant", nota le New York Times  ", mais il est tout simplement poétique."
Jeremy Brett ...  Orlando
Ronald Pickup ...  Rosalind
Anthony Hopkins ...  Audrey
Charles Kay ...  Celia
Robert Stephens ...  Jacques
Richard Kay ...  Phoebe
Harry Lomax ...  Adam
Nigel Lambert ...  Dennis
Derek Jacobi ...  Touchstone
Ce choix de casting suscita de nombreuses controverses. Les critiques étaient mitigées, mais tombèrent en tout cas d'accord sur la hardiesse de la mise en scène. Auprès de Ronald Pickup en Rosalinde, d'autres acteurs tenaient les rôles féminins: Charles Kay en Celia et Anthony Hopkins en Audrey.
Robert Stephens, le meilleur ami de Jeremy, remporta un vif succès avec son Jacques. La pièce avait un air 'années 60', avec sa mode Carnaby Street et sa Forêt d'Arden en décors synthétiques. Ce travestissement s'avéra bien difficile pour les acteurs... Au début, il y avait une grande confusion sur la façon dont les "femmes" devaient être jouées. La première répétition a été désastreuse. Lord Olivier s'est présenté à la répétition suivante: "Il [Olivier] est venu en débordant de son énergie habituelle et en galvanisant tout le monde. Larry avait toujours voulu jouer un travesti, et c'est ce qu'il voulait de nous [acteurs]: des aspects efféminés exagérés. [rouge à lèvres, faux cils] "Donnez-nous en  plus, plus, plus..."
As You Like It
Comme iI Vous Plaira
de William Shakespeare
- 3 Octobre 1967 /17 Février 1969 -
National Theatre Company/Old Vic Theatre, Londres
Rôle: Orlando
La comédie "Comme il vous plaira" écrite par Shakespeare en 1599, est  une fable pastorale où tout est prétexte au jeu et au travestissement. Mais on y trouve tout le produit de a pensée shakespearienne : marivaudage, frivolité, sensualité des nobles, rivalités et trahisons entre frères et fin enchanteresse. Le tout dans une totale confusion des genres. C'est aussi un conte cruel, avec la solitude, le doute, la peur de l’autre et de la différence, le désir de réconcilier.  La pièce a été considérée, à son époque, comme subversive. Elle met en lumiére la versabilité des rôles féminins et masculins, l'instabilité  des valeurs traditionnelles et du rang social.  En effet dans la pièce, Rosalinde, l'une des héroïnes les plus comiques de Shakespeare, enfile un costume masculin afin de se faire passer pour un jeune homme, nommé Ganymède.
"As You Like it" a suscitée condes avis contradictoires. Le New York Times en fit l'éloge : "As You Like It est fantastique, l'une des plus éblouissantes et des plus plaisantes des productions de Shakespeare que j'aie jamais vues."  
En général la critique apprécia l'interaction entre Rosaline de Ronald Pickup et Orlando de Jeremy Brett : "Rosaline, une silhouette dégingandée, dans un costume de plaisancier, est conforme à l'idée de Kott du garçon/fille -- sauf qu'elle est totalement non érotique. Elle commence d'un air modeste avec quelques gestes féminins bien observés et se révèle sous le stress d'un intense sentiment platonique. Il y a un réel plaisir à voir Rosaline et le très masculin Orlando de Jeremy Brett pris au dépourvu par une sérieuse émotion au milieu de leur jeu." On pu également lire : "Après une ou deux minutes, vous oubliez que ce personnage émouvant [Rosaline], est un homme (mais il ne fait aucun effort pour dissimuler sa voix) et vous le voyez  comme une âme amoureuse.... M. Pickup a la chance d'avoir pour partenaire un Orlando comme Jeremy Brett, qui possède un tel registre de sensibilité et d'expressivité."
Ce fut le premier rôle de Jeremy avec le National Theatre après que Sir Laurence Olivier, qui n'avait pas apprécié que Jeremy parte à Hollywood pour jouer dans My Fair Lady, lui ait refusé ses précédentes productions.
Après avoir joué dans "Any Just Cause", Jeremy assista à une répétition générale pour une autre production du National Theatre.
Il rêvait alors de jouer Orlando : "Je savais que le rôle d'Orlando n'avait pas encore été attribué ... Je me revois encore, debout devant mon miroir, j'ai pris une paire de ciseaux et je me suis coupé une frange dans les cheveux. J'ai pensé, 'C'est plus Orlando' ...  "J'étais dans la loge de Joan [Plowright] et Larry [Olivier] m'a soudainement dit: "Aaahhr. Venez avec moi." Et il m'a enmmené dans son vestiaire et m'a dit: "Voulez-vous jouer Orlando pour moi?" J'ai bondis sur lui et j'ai failli le renversé sous le poids de mon étreinte."
Au début de la pièce, Jeremy et un autre acteur devaient se battre pendant plus de deux minutes, sans un mot de dialogue, pour donner plus de force à la scène. Mais la lutte a été si forte que Jeremy a eu le nez cassé lors d'une représentation. Laurence Olivier le dédommagea. Mais Jeremy ne détestait pas la petite bosse de son nez et plaisantait "la nouvelle forme de mon nez donne enfin du caractère à mon visage ."
Article du Los Angeles Times  du 4 octobre 1967 - Cliquer pour agrandir
Bien qu'il incarnait un vrai 'mâle' dans la pièce, Jeremy avait ses propres angoisses. A 34 ans, il pensait qu'il avait peut-être depassé l'âge de jouer des jeunes gens tels qu'Orlando.
Soudainement, il eut la révélation de lui-même et de sa carrière: "Une nuit, je me suis tout à coup accepté. J'ai découvert que j'étais un acteur et non pas simplement un gars de la Black Country (région de Birmingham), qui monte en ville. J'avais déjà vingt passé [quand j'ai démarré] et je n'étais pas du tout sûr de moi. Je me suis senti comme une femme qui essaye de faire plus jeune que son âge jusque là, vraiment. J'avais entendu parler d'acteurs idolâtrés Ainley et Du Maurier et Anton Walbrook ".
"Et soudain je me suis rendu compte, en jouant Orlando alors que j'étais dans ma bonne trentaine, que les rôles de jeunes premiers étaient des rôles de composition. J'ai pensé, 'Je vais accepter le fait que j'ai quelque chose à offrir et je vais essayer d'y mettre le juste prix. "Avant cela, j'en faisais trop, ce qui signifiait que je n'étais pas sûr de moi. Je ne me sentais pas à la hauteur -- je me disais à moi-même:" Je les ai trompé".''  Jeremy a dit que As You Like It a été "un plaisir à jouer" et qu'après cela, il s'est senti "libre de s'exprimer et de se réaliser."
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