Comptant parmi les dernières pièces de William Shakespeare (1564-1616), "La Tempête", jouée pour la première fois en 1611, est une tragi-comédie romanesque en cinq actes. Ce genre dramatique se caractérise par un dénouement heureux succédant à des événements dramatiques, et accorde une place importante au surnaturel. La pièce s'articule autour du thème du pouvoir et de la liberté mais son champ dépasse largement celui de la réalité car elle est avant tout métaphore de l'incursion d'un autre monde qui bouleverse les certitudes. Il s'agit d'une pièce énigmatique, qui invite le spectateur à une interprétation symbolique, tout en résistant aux tentatives d'explication. On a ainsi pu lire "La Tempête" comme le testament de Shakespeare, en voyant dans la célébration des pouvoirs magiques du démiurge Prospero une mise en abyme du théâtre, qui débouche finalement sur le renoncement aux arts de l'illusion et la résignation devant la condition humaine. Ainsi, Prospero propose une réflexion sur la magie éphémère du théâtre, qui est aussi l'image du monde. La pièce aborde la noirceur de la nature humaine de manière apaisée, elle pleine d'ironie, de comique truculent et de poésie aérienne. La tempête s'avère, beaucoup plus largement, une réflexion quasi métaphysique sur le pouvoir et la liberté des hommes dans ce monde, dont seul l'amour semble sortir vainqueur.
Herbert Whittaker qui avait assisté à une répétition de la pièce la présenta : "La Tempête est montée par le directeur et vedette, Jeremy Brett, acteur britannique que l'on a pu voir il y a plusieurs saisons à Stratford, dans le double rôle de Thésée et Oberon. Sharon Purdy a fait les costumes pour les "assortir" à la vision, ou re-vision, qu'a Brett de Shakespeare. Toronto verra le spectacle le 14 Mai avec la "Toronto Workshop Productions" avant que Brett ne lance un nouveau théâtre aux Bahamas, et plus tard n'en fasse un film là-bas. Sa dernière entreprise similaire fut un "Macbeth" réalisé pour Home Box Office, avec Piper Laurie en Lady Macbeth.""Ici Mr. Brett joue Prospero - pourquoi devrait-il toujours être vieux? - avux côtés de deux jeunes canadiens, Peggy Coffey et Geraint-Wyn Davies, dans les rôles de Miranda et Ferdinand et un acteur de la Barbade, Iain Deane, interprétant le double rôle d'Ariel et Caliban."
De fait, les critiques ne furent pas tendres à l'égard de la pièce ni de son interprète principal ! Ray Conlogue, dans son compte-rendu cinglant de la représentation dans The Globe and Mail décrit "une mise en scène de "La Tempête" minimaliste et péniblement réalisée, une production pleine de vanité" et pour lui le Prospero de Jeremy est "emphatique avec des regards de fou." Conlogue acheve froidement "La plus grande partie de l’interprétation de Brett est en fait un faux récital de techniques. Il ne crée pas un réel contact, ni avec nous, ni avec ses partenaires. Ses émotions se perdent d’elles-mêmes dans une salle vide. J’ai rarement vu une interprétation aussi opaque et obscure. Aucun metteur en scène digne de ce nom n’aurait pu le tolérer. Il est certain que Brett, qui fut dirigé dans Hedda Gabler par Ingmar Bergman et dans Troilus and Cressida par Tyrone Guthrie, est un acteur sûr et puissant. Cette Tempête se noie et nous apprend que même un tel acteur peut, sans metteur en scène, perdre le sens de son travail. Par exemple le discours bruyant qui conduit Miranda à faire sa remarque sur la "cure de surdité" est prononcé suffisamment bruyamment, mais avec d’étranges souffleries intermittentes qui sont encore plus étourdissantes que tout le reste. Ce braillement est purement technique. Il n’y a pas le moindre sentiment derrière cela."
The Tempestde William shakespeare- 1982 -Stratford Festival, OntarioRôle: Prospero - Mise en scène de Jeremy Brett
Jeremy s'envola pour le Canada en 1982 pour tenir le rôle de Prospero, dans "La Tempête", tout en étant producteur et metteur en scène de la pièce, avec la compagnie de théâtre expérimental "Toronto Workshop Productions". La vision brettienne très personnelle de la pièce, fut malheureusement un échec cuisant. Jeremy réalisa que sa mise en scène de "La Tempête" n’était pas du tout adéquate. Il l'admit volontiers au reporter canadien Sue Lerner, en 1983 : "Je suis d’abord et avant tout un acteur. Mais, si j’ai une idée absolument brillante, je la réaliserai. Je pensais que La Tempête en était une, mais à présent il y a eu trois films et 60.000 productions. Cependant, c’est le hasard, car qui peut prévoir que tant de gens le feraient. "Cette expérience tumultueuse malheureuse, enseigna quelque chose à Jeremy : "Cela m’a appris à être reconnaissant envers celui qui m’offre un rôle, car cela signifie que tout l’argent a été réuni, que tout le casting est choisi, que les costumes sont exécutés, et que tout est prêt à démarrer. On réalise quelle chance on a, car c’est un incroyable gouffre de travail, du début jusqu’à la fin. J’apprécie d’autant plus d’être acteur."
PIECE SUIVANTE PIECE PRECEDENTEAssez étrangement, "La Tempête" poussa indirectement Jeremy vers le rôle de Sherlock Holmes. Quand la Granada lui avait proposé d'incarner le détective, il s’intéressait davantage à essayer de financer son projet qui était de réaliser un film de la pièce. Cela s'augurait mal. Après son échec cuisant au théâtre à Toronto, une grande adaptation de "La Tempête" était prévue au cinéma avec John Cassavetes. Jeremy reconsidéra alors la situation et la proposition de la Granada. Il emporta avec lui en vacances à la Barbade, toute l'œuvre de Conan Doyle, le Canon, qu'il relut avec enthousiasme. "La Tempête" et Prospero succombèrent au charme de Holmes. Fasciné par sa lecture et sa redécouverte du héros doylien, dont il sentait "qu'il pouvait faire quelque chose", Jeremy accepta le rôle. The game is afoot !
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La Tempête - texte intégral - La TempêteLe Duc de Milan Prospero a été déchu et exilé par son frère Antonio qui a usurpé le pouvoir pendant son absence, et le roi de Naples. Réfugié sur une île déserte avec sa fille Miranda, Prospero est devenu le maître de ce royaume enchanté grâce à la magie que lui confèrent ses livres. Il gouverne les éléments naturels et les esprits, Ariel, le charmant esprit de l'air et du souffle de vie, et Caliban, être négatif de la terre, la violence et la mort. Le démiurge se croit libre et tout puissant, maître absolu de l'illusion et du destin...La première scène nous transporte sur la mer en furie où un navire portant à son bord le roi de Naples, son fils, et Antonio, affronte la tempête. Tous doivent céder face aux éléments et le naufrage est inévitable. Trois groupes de naufragés échouent disséminés sur l'île où règne le magicien Prospero. C'est lui qui a commandé cette tempête surnaturelle à son esclave Ariel, pour se venger de son frère et du roi. Tous ces personnages se retrouvent enfermés dans cette île, symbolisant le monde, où ils se livrent à de multiples manoeuvres, intrigues et complots. Usant des arcanes de la magie et de l'illusion, Prospero entame sa vengeance en leur faisant subir diverses épreuves destinées à les punir de leur traîtrise. Elles auront également un caractère initiatique. La réalité devient un mirage et le songe le réel. Tout concourt à brouiller les frontières entre vérité et mensonge, réalité et illusion, visible et invisible et à renverser les certitudes. Le monde est un théâtre. Sur l'île, se rencontrent Miranda et Ferdinand, le fils du roi, qui tombent tous deux amoureux. Finalement, les esprits du ciel, de la terre et des eaux ramenent Prospéro à la réalité, lui rappelant la précarité de son pouvoir. Il donne la main de sa fille à Ferdinand, se reconcilie avec son frère et pardonne à tous. Il libère Ariel et Caliban puis renonce à sa magie en signe d'humilité face à un monde invisible qui le dépasse, pour retrouver son duché. Ayant rejeté l'illusion et les vanités de ce monde, uniquement accessible désormais à l'amour et à la compassion, il achève son parcours spirituel plus libre.La morale de cette fable : si l'empire de la réalité semble précaire face à celui de l'illusion, celui de l'amour paraît supérieur.
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