ne autre personne qui chérissait Jeremy allait entrer dans sa vie et devenir sa dernière compagne. Linda Pritchard.

Linda découvrit la première fois Jeremy sur le petit écran dans un épisode de Sherlock Holmes de Granada. Subjuguée, elle voulut en savoir plus sur lui et alla le voir sur scène en chair et en os à l'occasion de la tournée du "Secret of Sherlock Holmes" à Richmond dans le Surrey, le 12 Septembre 1988. A la fin de la représentation, elle obtint un autographe, et plus tard l'opportunité de le rencontrer dans sa loge, sa "chambre verte" où fans, cinéphiles et holmésiens venaient discuter. La vraie rencontre au théâtre Wyndham à Londres fut à la hauteur de ses espérances. Tombée sous le charme de l'acteur, l'homme la conquit et la séduisit. En Mars 1989, elle lui avait fait part dans une lettre de son projet de marathon autour de l'Angleterre "The Keep Hope Alive" destiné à récolter des fonds pour la recherche contre le cancer. Sensibilisé et concerné par cette maladie qui avait emporté sa femme, Jeremy lui téléphona dès le lendemain pour l'inviter à venir le voir. Il l'aida à concrétiser son projet en lui apportant son aide financière et morale. Plus tard il fonda avec elle la "Fondation Jeremy Brett Pour la Recherche Contre le Cancer".Une solide amitié naquit entre eux. Tous deux se voyaient régulièrement au café habituel de Jeremy près de son appartement de Clapham Common, le "Tea Time". Linda l'encourageait à parler de sa carrière, lui aimait discuter philosophie, des après-midi entiers se passaient à bavarder. Jeremy lui enseigna la méditation qu'il pratiquait régulièrement assis en tailleur, sa foi positive en la vie. Ils vécurent de merveilleux moments de tendre complicité et d'intense communion.Bientôt, commencèrent les années sombres. La santé de Jeremy se détériorait inexorablement et peu à peu la présence de Linda s'avéra indispensable. Il devint évident qu'il ne pouvait plus vivre seul et avait besoin de quelqu'un pour s'occuper de lui. Linda s'installa chez lui après son séjour à l'hôpital Charters Nightingale. Jeremy l'appelait tendrement sa "nurse" car elle veillait sur lui constamment et devint incollable sur la maniaco-dépression et son traitement. Elle fit de son mieux pour l'aider et s'occuper de lui, en effet la pathologie mentale est dévastatrice pour le malade mais aussi pour ses proches. Par moment, tous deux profitaient des moments plus sereins de complicité et de rire. Elle l'accompagna jusqu'à son dernier souffle.
Le soir, il se partageait entre "Aren't we all?" au Brooks Atkinson Theatre à New York et "Song". Le reste de son temps était pour Joanie. Bouleversé, Jeremy s'évanouit la première fois qu'il pénétra dans sa chambre d'hôpital. Il la soutint jusqu'à la fin. La maladie l'emporta rapidement, elle mourut le 4 Juillet 1985. Un maelstrom s'abattit. Les lumières s'étaient éteintes. Jeremy avait perdu sa complice et sa confidente : "Vous ne vous remettez jamais d'une telle perte. Vous vous y habituez. Mais vous ne la surmontez jamais." Ses amis avaient perdu l'homme flamboyant qu'ils connaissaient. Même des années plus tard, son chagrin était immense et les larmes lui montaient aux yeux lorsqu'il évoquait cet "amour qu'on ne connaît qu'une fois dans sa vie". Ses partenaires de théâtre le soutenaient du mieux qu'ils le pouvaient. Jeremy, sans savoir comment, honora les 96 représentations de "Aren't we all?". Il rentra définitivement en Angleterre, le 21 Juillet 1985.Sa foi en la vie et l’amour de son métier l’empêchèrent de sombrer. Provisoirement ...Jeremy fit une pause et se remit au travail en Août 1986. La Granada l'attendait pour tourner "Le Retour de Sherlock Holmes" avec son nouveau Watson. Edward Hardwicke remplaçait David Burke, qui avait choisi de retourner au théâtre, pour être avec sa femme et son jeune fils. Jeremy avait perdu un grand ami, il lui fallut gérer une émotion supplémentaire. Avec bonheur, les nouveaux partenaires sympathisèrent très vite. Sherlock Holmes le hantait de plus en plus. Le caractère sombre et tourmenté du personnage réveillait en lui ses propres démons. Un emploi du temps surchargé, des nuits d'insomnie seul dans des chambres d'hôtel, son épuisement et sa fragilité émotionnelle, vinrent à bout de ses dernières résistances.L 'acteur sombra dans une grave dépression fin 1986. Transporté en ambulance à l'hôpital psychiatrique de Maudsley, Danmark Hill, à Londres, il y resta 10 semaines. C'est là que fut révélée et diagnostiquée sa maniaco-dépression.
eremy était atteint de troubles bipolaires de type 1, c'est à dire de la forme la plus grave. Jusqu'à présent la maladie avait évolué à bas bruit et à un moindre degré, sans dérèglements ou tourments particuliers.
Avec effroi, il réalisa qu'il avait probablement souffert de cette maladie depuis toujours sans en avoir conscience. Peut-être les premiers signes s'étaient-ils manifestés dès la mort de sa mère ? Il avoua lui-même qu'il était difficile de faire la part des choses entre une pathologie et la psyché d'un acteur, par nature passionné et extraverti. S'il avait exercé tout autre métier, peut-être l'aurait-on découvert bien avant ?En voyant la peine de David à son chevet d'hôpital, il se promit que cela ne devait jamais se reproduire. Mais la lutte était inégale. La maniaco-dépression ne lui laissa plus aucun répit. Terrible maladie qui affecte l'humeur, alternant les accès maniaques ("hauts") et les épisodes dépressifs ("bas"). La manie se traduit par une euphorie excessive, une énergie inépuisable voire une agitation frénétique, une accélération psychique et un flot de pensées. Au cours de ces épisodes, le malade peut devenir anormalement irritable, arrogant, provocateur voire agressif, tenir des propos outranciers ou souffrir d'hallucinations délirantes. Suit alors la phase dépressive marquée par une tristesse profonde, une perte d’énergie et d’intérêt, un ralentissement de l'activité. Il ne semble pas que Jeremy ait souffert des pensées morbides qui accompagnent les "accès mélancoliques" et rendent le risque de suicide extrêmement important. Par rapport aux autres formes moins sévères, la maniaco-dépression de type 1 se caractérise par une perte de conscience et de contrôle de soi. Dans ces moments là, Jeremy révélait une personnalité antinomique et un comportement qu'il regrettait aussitôt, se confondant en excuses pour avoir causé du mal ou blessé certaines personnes. Très affecté, il avait tendance au repli sur soi et à l'isolement, d'autant plus qu'il ressentait un fort sentiment de culpabilité et de dévalorisation.Pendant les premières semaines d'hôpital, Jeremy restra allongé sur son lit sans rien faire. Il disait que son monde "était devenu blanc" et qu'il pouvait seulement "rester immobile les poings serrés contre son visage". Edward Hardwicke fut bouleversé en allant le voir, et tenta de combattre sa peur de ne plus pouvoir exercer son métier. Son ami avait toujours été un homme flamboyant et excentrique, mais dans le bon sens du terme. A ses yeux, "son comportement relevait moins de la manie que de l’excentricité", une merveilleuse qualité qu’il aurait lui-même aimé avoir. Jeremy prit conscience qu'il avait dû être dans des phases de "hauts" jusqu'alors. Mais la dépression l'avait fait chuter dans des abysses vertigineux.Le jeu d'acteur de Jeremy était unique. En témoignent certaines scènes des "Six Napoléons", de "Rebecca" ou de "Number 10". Ses sentiments exacerbés et sa sensibilité à fleur de peau, lui ont permis d'insuffler des émotions et des charges d'énergie vibrante, et d'atteindre le summum de son art. Serait-il capable de rejouer ? Pourtant, dès sa sortie, il se rendit sur les plateaux de tournage de la série pour le "Signe des Quatre". Et dès l'année suivante en 1988, il remonta de nouveau sur les planches pour triompher dans "The Secret of Sherlock Holmes". Son très bon ami Jeremy Paul, scénariste de nombreux épisodes pour Granada, avait écrit cette pièce pour commémorer le centenaire de Sherlock Holmes. Jeremy, enthousiaste, lui avait fourni le matériau de base. Il avait imaginé tout un passé pour Holmes et noirci des pages de notes. Jouer la pièce lui servit de psychothérapie. Il prenait du recul face au personnage. "The Secret of Sherlock Holmes" démarra à Londres au Wyndham's Theatre. Devant le succès phénoménal, les six semaines de représentations initialement prévues se prolongèrent toute une année avec des salles combles tous les soirs, puis s'achevèrent avec une tournée jusqu'à Noël 1989.Jeremy termina exténué. Si psychologiquement il allait mieux, son état physique avait empiré. Ses collègues devaient faire face à ses sautes d'humeur. Son partenaire Edward Hardwicke était complètement déstabilisé, lorsque Jeremy récitait de longs monologues de Shakespeare qui n'étaient absolument pas dans le texte, pour "rafraîchir" sa prestation. Mais on lui pardonnait tout.

Page 1 Page 2 Page 3ors du tournage du "Dernier problème" en 1985, Jeremy savait que sa femme était atteinte d'un cancer du pancréas. Il boucla le tournage et retourna immédiatement en Amérique pour être auprès d'elle.

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BIOGRAPHIE ACCUEIL ALBUMS JB en BREF SA FAMILLEL' Homme
INTERVIEWS CITATIONS SES AMISBravo et merci Monsieur Brett ! Vous resterez à jamais présent dans nos mémoires et nos cœurs …

Le bilan était alarmant. Les traitements prescrits pour contrôler sa maniaco-dépression avaient endommagé son cœur déjà malade depuis l'enfance. Et puis Jeremy fumait beaucoup trop, depuis trop longtemps. Habitude prise à Eton et devenue une véritable addiction. Edward Hardwicke était témoin de l'aggravation de sa dépendance quand il voyait son ami acheter 60 cigarettes sur le chemin du studio et les fumer tout au long de la journée … Tous les prétextes étaient bons pour qu'Holmes fume une cigarette. Il avait arrêté un temps, mais l'attrait de la nicotine était le plus fort. Il recommença peu de temps avant sa mort, malgré le choc causé à la vue de ses poumons.Les médicaments, lithium et stéroïdes, provoquèrent également des effets secondaires, une forte prise de poids et une rétention d'eau qui bouffissait son visage. Jeremy souffrait de son aspect physique qui suscitait des critiques malveillantes et blessantes. Public et presse refusaient de le voir beaucoup moins svelte qu'au début de la série et le lui reprochaient sans aménité. "S'ils avaient su !" dira plus tard David Stuart Davies. Le ralentissement de l'activité psychique entraînait des difficultés de concentration, d'attention et des troubles de mémoire.Néanmoins, en grand professionnel qu'il était, il continua son métier. Certaines fois, il ne pouvait plus donner toute la mesure de son talent, d'autres fois on retrouvait le Jeremy intense et vibrant. En Mars 1994, son état exigea qu'il ne tournât qu'un jour sur deux dans "La Boite en Carton". Ce fut le dernier épisode de Sherlock Holmes et de Jeremy. Dix ans s'étaient écoulés et 41 épisodes.Jeremy avait du mal à rester inactif. Il interpréta encore l’inquiétant et complexe Tony Vernon-Smith au cinéma dans "Mad Dogs And Englishmen" en 1994 et tourna sa seule et ultime scène dans "Moll Flanders", film posthume sorti en 1996. Il avait également tenté de contacter Walt Disney pour prêter sa voix à l'un de leurs personnages, "un daim ou un éléphant".Une admiratrice téléphona un jour à Jeremy pour le féliciter de son interprétation du maître détective. Elle demanda s'il ne pensait pas que Holmes était maniaco dépressif. Elle n'entendit plus rien. Il avait raccroché. En apprenant plus tard sa maladie, elle réalisa combien la question avait pu le troubler ...Avec le temps l'alternance des crises devint plus intense et rapprochée. Toutefois, Jeremy était loin d'être un personnage tragique. Son sens de l'humour, son inébranlable force d'âme, lui permirent de rendre cette situation plus tolérable. Il ne cessa jamais d'être l'homme de cœur qu'affectionnaient les gens qui se souciaient de lui, ni de mener une vie épanouie, remplie de bons souvenirs. Les dernières années, il avait révélé sa bipolarité au public. Il voulait aider les malades, les sensibiliser et leur donner de l'espoir, en parlant ouvertement. Le 3 Août 1995, il participa à une émission radiophonique de charité sur BBC Radio Four, en faveur du "Manic Depression Fellowship". Ce fut sa dernière prestation.Son état se détériora rapidement… cardiomyopathie. Seule une transplantation aurait pu le sauver, mais lui-même reconnaissait que "c'était trop pour lui".Jeremy mourut pendant son sommeil le 12 septembre 1995, dans son appartement de Clapham Common à Londres, près du parc qu'il aimait tant. Linda le découvrit inanimé et serein. Il fut incinéré. Au cours de la cérémonie religieuse du souvenir dans l'Eglise Saint-Martin in The Fields, le 29 Novembre 1995, son frère aîné, le Révérend John Huggins, donna la bénédiction et lut le message de Jeremy à ses amis :


"On with the Motley" … "On with the show" … Que le spectacle continue !


la fête donnée pour son 58ème anniversaire, proches et comédiens, metteurs en scène et équipes de production étaient réunis, lorsque Jeremy leva son verre et prit la parole: "Je suis désolé, j'ai peur de ne pas pouvoir continuer… s'il vous plaît conduisez-moi vite à l'hôpital". C'est ce qu'ils firent. Ils apprirent qu'il avait fait une crise cardiaque.
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