J'écris ces lignes en Février 1986 alors que je m'apprête à tourner "L’Homme à la Lèvre Tordue". Ce sera mon dix-huitième film pour Granada avec le grand homme, Sherlock Holmes.
Tout a commencé il y a exactement quatre ans, au cours d'un dîner avec Doreen Jones, Michael Cox et mon fils David. C’était une nuit pluvieuse épouvantable, mais le repas était délicieux, et après le café, on m’a proposé ce travail. En conduisant le long de Charlotte Street, j’ai avoué à mon fils que bien sûr j'étais ravi qu’on m’ait offert le rôle, mais qu’en même temps, j’étais terrifié. Pourquoi un autre Sherlock Holmes, et pourquoi moi ?
Huit semaines plus tard, le projet était annulé et je me rappelle avoir poussé un énorme soupir de soulagement en m’embarquant pour le Canada, pour jouer Prospero dans "La Tempête". Tandis que je me remettais de mes efforts à La Barbade (*), je découvris que l'un de mes hôtes avait reçu pour son 90ème anniversaire, les œuvres complètes de Sir Arthur Conan Doyle, qu'il me prêta très gentiment et qui devinrent ma lecture de chevet. Je n’avais plus lu Conan Doyle depuis l'école, et en ce temps là, je considérais ses histoires comme des devoirs, surtout parce qu’on m’a interrogé dessus à la fin du trimestre. Cette fois, pourtant, elles me passionnèrent, l’époque victorienne et son éclairage au gaz, les rues prises dans la brume, l'odeur du tabac fort. Les détails commencèrent alors à m'apparaître brusquement dans les pages: "Holmes gloussa et s’agita sur sa chaise comme à son habitude lorsqu’il était d’excellente humeur..." "Allumant sa longue et fine pipe de merisier qui avait coutume de remplacer sa pipe en terre lorsqu’il était d'humeur à analyser plutôt qu'à méditer…" "Holmes cherchait partout dans l’herbe et les feuilles, comme un chien d'arrêt traquant un oiseau blessé…" Des images que je n’avais pas vues auparavant. L’acteur en moi était à l’affût. En septembre, le téléphone sonna… "C’est Michael Cox. On a le feu vert pour Sherlock Holmes, OK ? " J’ai hurlé "Oui !" dans le téléphone.
Je prends un plaisir immense à jouer Sherlock Holmes. Les dix-huit premiers mois n'ont pas été faciles en raison de mon manque d’assurance et de ma détermination à faire de mon mieux, mais je savoure à présent chaque instant. Je suis très reconnaissant à l'équipe de Granada d'avoir si bien pris soin de moi au fil des années et d'avoir eu l’audace de m’offrir la chance de ma vie.
Jeremy Brett - Manchester, Février 1986







(*) JB cherchait vainement des financements pour faire son film de la pièce "La Tempête"
I am writing this in February 1986 while preparing to film 'The Man With The Twisted Lip'. This will be my eighteenth film for Granada of the mighty man, Sherlock Holmes.
It all started exactly four years ago, over dinner with Doreen Jones, Michael Cox and my son David. It was a vile wet night, but the meal was delicious, and over coffee I was offered the job. As I drove away along Charlotte Street I confessed to my son that of course I was thrilled to be offered the part but at the same time I was terrified. Why another Sherlock Holmes, and why me?
Eight weeks later the project was cancelled and I remember breathing a huge sigh of relief as I embarked to Canada to play Prospero in 'The Tempest'. While recovering from my endeavours in Barbados I discovered that one of my hosts had been given for his 90th birthday the complete works of Sir Arthur Conan Doyle, which he very kindly lent to me and it became my evening relaxation. I had not read any Conan Doyle since my school days and the stories then seemed like work, largely because I was being examined on them at the end of term. This time, however, they held me entranced, the Victorian era full of gas-light, the fog-bound streets, the aroma of shag tobacco. Then the details began to pop up at me from the page; 'Holmes chuckled and wriggled in his chair as was his habit when in high spirits...', 'Lighting his long, thin, cherrywood pipe which was wont to replace his clay when he was in a disputations rather than a meditative mood....', 'Holmes hunted about among the grass and leaves like a retriever after a wounded bird...' Images I had not seen before. The actor in me was on the hunt. In September, the telephone rang -- 'It's Michael Cox . We're going ahead with Sherlock Holmes, OK?' 'Yes', I yelled down the phone.
I am enjoying playing Sherlock Holmes immensely. The first eighteen months were not easy due to my insecurity and determination to do my best but now I am enjoying every moment. My gratitude to everyone at Granada for taking such good care of me over the years and for being daring enough in giving me the chance of a lifetime.

Manchester, February 1986



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