Sa seconde femme Joan Wilson Sullivan
En sirotant du thé au lait, Joan adorait discuter longuement des chef-d'oeuvres du théâtre britannique, qui étaient "plus sa tasse de thé", se révélant tour à tour candide et timide, engageante et insaisissable, toujours femme sensible avec une touche de "paillettes". Piquée par les critiques persistantes que "Masterpiece Theatre" était "trop britannique", Joan rétorquait que le présentateur Alistair Cooke était citoyen américain. Tous deux se rencontraient régulièrement à New York ou à Boston pour les tournages dans les studios de WGBH. Elle le décrivait comme "un gentleman aristocratique anglais par excellence... il est très américanisé, et ses manières merveilleuses sont britanniques, mais il est américain dans son esprit. Alistair est unique en son genre - un artiste de premier ordre ainsi qu'un homme chevronné, expérimenté et sage. Il est l'un des trois Américains jamais fait chevalier par la Reine". A la recherche d'un certain élitisme privilégiant la qualité et attentive aux différences culturelles entre Angleterre et Amérique, Joan était consciente que toutes les productions britanniques ne s'exportent pas aussi bien, en particulier à cause de l'accent et d'une attitude différente à l'égard de certains "tabous". Joan prouvait ses goûts pour la culture britannique... en ayant épousé un acteur anglais !
Au cours d'une interview en 1980, Joan raconta : "Voyons. J'ai passé une semaine avec Jeremy en Janvier. En Février, nous nous sommes rencontrés à une fête organisée par Mobil pour Masterpiece Theatre. En Avril, je l'ai vu à Londres. La plupart du temps, il séjourne à Los Angeles et je suis ici, à Boston. Nous nous voyons l'un l'autre dans les différents endroits où il nous arrive d'être."Alors que Holmes disparaissait dans "Le Dernier Problème", Jeremy vivait une tragédie. Joan souffrait d'un cancer du pancréas. Dans une interview en 1991 sur la National Public Radio (NPR), Jeremy déclara : "Je savais à la fin de The Final Problem en 1984, qu'elle avait un cancer... Nous allions faire tout le traitement en Angleterre et puis nous avons décidé de le faire à Boston, parce qu'elle travaille pour WGBH". Il valait peut-être mieux que le tournage de la série, empêche Jeremy d'être aux côtés de sa femme. Sa sensibilité face à sa maladie l'avait fait s'évanouir la première fois qu'il la vit en chimiothérapie. Joan elle-même préférait que son angoissé de mari ne soit pas présent. Jeremy bien sûr ne l'écouta pas. Dès la fin de la série, il s'envola pour New York et resta avec elle. Au sujet de sa décision de retourner en Amérique, il déclara dans une autre interview en 1985 : "J'avais besoin d'une pause... et c'était surtout pour être auprès de ma femme." Il accepta ainsi deux engagements sur place à New York, le rôle de narrateur dans "Song" et celui de William Tatham dans la pièce "Aren't We All ?". Joan est décédée le 4 Juillet 1985, jour de l'Independence Day. Tant bien que mal, Jeremy honora les 96 représentations de "Aren't We All ?" jusqu'au 23 Juillet 1985. "Je continuais à jouer et terminais la pièce, mais les lumières s'étaient éteintes dans ma vie." "Je ne sais pas comment j'ai fait, a-t-il dit sur NPR. "Et j'ai été engagé pour recommencer [Sherlock Holmes] le 3 Septembre de cette année-là. Et ils m'ont dit :"Eh bien, Jeremy, cela vous aidera peut-être si vous remontez en selle." ... Et j'ai tourné les cinq films suivants avec la plus effroyable mauvaise grâce, je le crains. Je veux dire, je ne voulais tout simplement pas les faire."
En 1973, Jeremy jouait dans la pièce "Design for Living" au Phoenix Theatre à Londres. Joan assistait à la représentation et s'écria en le voyant sur scène : "C'est l'homme qu'il me faut !". Jeremy raconta l'anecdote plus tard : "Elle disait qu'elle aimait la façon dont je bougeais mes fesses...!" Elle organisa une première rencontre, ce fut un coup de foudre réciproque. Tous deux travaillèrent ensuite ensemble à plusieurs reprises. En 1975 à Londres, ils se retrouvèrent réunis sur le tournage de la pièce "The Rivals" diffusée sur PBS dans le cadre de "Classic Theatre". Joan interviewa Jeremy sur son rôle dans le préambule à la représentation. Comme elle le raconta : "Ce fut l'amour dès la première prise. Mon technicien du son montait la vidéo-cassette du film et vous pouviez voir le courant passer." Le séduisant acteur anglais apparut également dans "Masterpiece Theater" et en 1976, présenta l'émission mensuelle d'anthologie de Public Broadcasting System, "Piccadilly Circus" alors produite par Joan. Ils se marièrent le 22 Novembre 1977. La vie personnelle de Joan était loin d'être conventionnelle. Elle fascinait Jeremy. Du signe du Scorpion, elle croyait dans l'occulte et conduisait une Mustang noire de 1978 dont la plaque d'immatriculation portait le mot "WITCH" (sorcière) ! Joan a été mariée trois fois (quatre, si l'on compte une relation jamais officialisée). A cette époque, elle était mère de deux enfants, Caleb Wilson Sullivan et Rebekah Wilson Giarusso. Devenu leur beau-père, Jeremy les considéra immédiatement comme les siens et toute la famille s'installa aux Etats-Unis. Après le décès de sa femme, Jeremy est toujours resté en contact proche avec ses enfants et sa belle-mère. Chacun de leur côté, Joan et Jeremy réussissaient des carrières professionnelles si bien remplies, qu'ils devaient se débrouiller avec leurs absences respectives. A propos de sa vie personnelle, Joan estimait que les séparations maintenaient la bonne santé d'un mariage et que le temps passé ensemble rendait leurs retrouvailles plus passionnées et tendres.
Sa Famille
Joan Wilson Memorial Joan Wilson SullivanJoan Wilson Sullivan est née le 3 Novembre 1931 dans le Wisconsin, et partageait avec Jeremy la même date d'anniversaire. Pendant sa carrière, elle fut productrice à la télévision américaine à Boston. En 1967, elle rejoignit WGBH pour produire "Radio Drama Development Project" pour lequel elle avait également réalisé et joué. Il fut dit qu'elle avait "le meilleur emploi à la télévision". Elle se rendait régulièrement à New York, en Europe plusieurs fois par an - Londres, Cannes, Italie de temps en temps – afin de décider de la programmation qui déterminerait ce que des millions d'Américains allaient regarder chaque année. Durant l'exercice de ses fonctions, Joan introduisit sur les chaînes publiques nationales, des émissions célèbres devenues des "classiques" de la télévision. Citons : "I, Claudius" (1978,) "Piccadilly Circus" (1976-77), "Upstairs, Downstairs" (1971-75), qui remportèrent deux Primetime Emmys et deux nominations. En tant que productrice-exécutive, elle fut à l'origine de la création de "Masterpiece Theatre" en 1971 et "Classic Theatre". Ces deux émissions sont devenues des chef-d'œuvres institutionnels pour promouvoir le théâtre à la télévision avec un accent anglais.
Joan a également créé le programme "Mystery !" mettant à l'honneur des histoires mystérieuses, principalement britanniques. Débuté en 1980," Mystery !" a célébré son 20ème anniversaire en 2000. La série Sherlock Holmes de Granada fut révélée au public américain grâce à cette émission. Elle était respectée pour son goût sûr, son engagement pour l'excellence et sa conviction du rôle majeur de la télévision. Elle était considérée comme une productrice très exigeante, mais éclairée, qui n'eut pas moins d'une dizaine d'Emmys à son crédit. "Je crois vraiment à la télévision publique. J'adore ce que je fais. Il existe un sentiment de famille ici à WGBH. Je prends rarement des vacances parce que Masterpiece Theater ne connaît pas d'interruption. Je suppose que je suis un bourreau de travail par choix conscient. Nous sommes tous solitaires. Mais le travail est le plus constructif pour échapper à notre solitude universelle. Joan se sentait toujours stimulée pour relever le défi de proposer des programmes anglais à la télévision américaine - un potentiel de plus de 600 heures qu'offrait la British Broadcasting Co. ou Thames Productions - défendant avec acharnementt ces importations considérées comme "non-américaines", et menacées de disparition avec les nouveaux réseaux câblés culturels (ABC, CBS, Bravo, Bluebird).
La famille Huggins Anna Massey Joan Wilson SullivanJoan et Jeremy n'avaient passé que trois mois ensemble cette année 1985... Jeremy qualifiait ces rares et précieux moments éparpillés comme "un feu de joie et de plaisir". Joan était sa source de confiance, son âme sœur, "Elle comprenait l'enfer que vivent les acteurs". Jeremy ne se remit jamais vraiment de cette perte immense. Sa mort engendra de grands bouleversements et des troubles majeurs dans sa vie future."Nous avons vécu une dizaine d'années ensemble ..." a-t-il dit, "Je l'aimais de tout mon cœur, elle était si belle et courageuse". "Nous avons connu un amour unique dans une vie. Elle était une personne incroyable, la meilleure femme qu'un homme puisse avoir. C'était le genre de relation où je commençais une phrase et elle la terminait. Parfois, vous pouvez lire dans les yeux de quelqu'un, et ressentir comme si vous le connaissez depuis toujours. C'est comme ça que c'était."En Août 1985, Jeremy revenait définitivement en Angleterre pour le tournage du "Retour de Sherlock Holmes". Il espèrait que le travail rendrait son deuil plus facile à supporter. Il déclara aux journalistes : "Le chagrin se dissipe peu à peu, et je suis en train d'en finir avec lui". Malheureusement, ce n'était pas vrai. Chagrin et surmenage vinrent à bout de sa résistance. "J'ai chancelé jusqu'au bord et me suis effondré" avoua t-il. "Et puis j'ai eu... une dépression terrible. Et quand je m'en suis sorti, un immense merci à mon fils chéri David, qui fut un ami courageux pour me soutenir à travers ça ... je suis remonté à nouveau en selle ! (petits rires). Et je me souviens avoir dit : "Si je peux arriver à Manchester [où se tournait Sherlock Holmes], j'irai bien." Et puis j'ai fait Le Signe des Quatre et j'ai commencé... à me sentir mieux avec Holmes, et je n'étais pas autant ... fâché avec lui, parce que je lui en voulais un peu. Je travaillais, vous voyez, si loin de Joan, et il avait pris tellement de place ... nos dernières années. Et ... vous savez, le temps guérit toutes les blessures. Et maintenant ... en fait, Caleb, mon aîné, mon héritage de Joan, dit qu'il ne m'a pas vu aussi bien depuis des années.""Alors, lentement, lentement, lentement. Vous ne vous remettez jamais d'une telle perte. Vous vous y habituez, mais vous ne vous en remettez jamais." La grave dépression de Jeremy révéla sa maniaco-dépression et aggrava ses problèmes cardiaques. Sa santé ne cessa de s'altérer pendant les dix dernières années de sa vie.
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