Des fissures dans le masqueJeremy a voulu briser la carapace pour révéler la nature humaine qui s'y cachait et le cœur qui y battait. Et également pour s'épargner... L'acteur a réalisé un gros travail sur ce qu'il appelait les "marble cracks" les félures dans le marbre du masque holmésien. Tout en finesse, Jeremy a laissé transparaître des sentiments, positifs ou négatifs. Un sourire imperceptible, un regard réprobateur, un subtil contentement, un froncement de sourcils... Pour lui, le détective, s'il dissimule toute sensibilité, n'en est pas moins homme et doit ressentir des émotions. Cette évolution s'est effectuée graduellement au long de la série, spécialement à partir des Archives de Sherlock Holmes. L'acteur interprèta son rôle avec plus d'intériorité. Son visage laissa paraître une véritable sensibilité. Sous les craquelures se dévoilèrent ses humeurs, ses états d'âme, ses imperfections. Il fut attentif aux autres, fit preuve de bienveillance et de compassion. Holmes y gagnait en naturel et en humanité.L'acteur a mis en exergue certains traits de caractère du détective : "Holmes peut être brutal impatient, abrupt, et son intolérance à l'égard des imbéciles était légendaire. J'ai essayé de montrer tout cela, tout de l'incroyable brillance de l'homme. Mais il y a des fissures dans le marbre de Holmes, comme dans une quasi-parfaite statue de Rodin. Et j'ai essayé de montrer cela aussi."
ACCUEIL THE SECRETLes derniers récits décrivent Sherlock Holmes comme un homme empreint de spiritualité, préoccupé de philosophie et de religion. A la fin de sa vie, il prend sa retraite dans la solitude dans une ferme du Sussex sur la côte sud de l'Angleterre oû il consacre son temps à l'apiculture et l'étude de la philosophie. Pour autant il semble n'avoir jamais trouvé le réconfort. Holmes a une vision asez pessimiste de la vie. Pour lui l'existence est "pathétique et futile", le monde est un jeu cruel, un monde de souffrance : "Et que reste-t-il finalement dans nos mains? Une ombre. Ou pis qu'une ombre: la souffrance." Dans La Boîte en carton, il se confie à Watson : "A quelle fin tend ce cercle de misère, de violence et de peur ... Voilà le grand problème qui est posé depuis le commencement des temps, et la raison humaine est toujours aussi éloignée d'y répondre." Ainsi, Holmes ne peut qu'espérer une compensation dans l'au-delà.
~ La manie ~Watson décrit bien souvent les signes révélateurs de la "manie" chez son ami : excitation, nervosité, agitation, impatience, énergie inépuisable, hyper activité... Ils correspondent à des périodes de travail acharné. Dès qu'une enquête se présente, Holmes est totalement investi dans son travail, sans aucune modération. Infatigable, il peut passer une nuit blanche sur ses tubes à essais, se lever à l'aube, passer des jours, voire une semaine sans repos. D'une volonté décuplée, d'une énergie à toute épreuve, il éprouve une jouissance exubérante, perd ses inhibitions et la notion du danger. Il fait preuve d'une surestimation de soi, il enfreigne la loi ou se comporte anormalement. Le détective habituellement si policé, peut devenir agressif ou abrupt et blessant envers les autres.~ La dépression ~Son excitation cède ensuite la place à l’abattement. "Les explosions d’énergie passionnée de Holmes ... étaient suivies de réactions léthargiques pendant lesquelles il s’allongeait n’importe où avec son violon et ses livres, ne remuait qu’à peine, consentait tout juste à venir s’asseoir à table". (Le Rituel des Musgrave).Lorsque ses facultés logiques ne sont pas mobilisées, Holmes est un personnage profondément asthénique, en proie "à la plus noire des dépressions". Holmes avoue lui même que l’oisiveté l'épuise. Dans ces phases d'anéantissement, il peut passer des journées entières au lit, ou resté étendu sur le canapé, inerte, dans un état quasi léthargique. Consumé par l'ennui, Holmes déprime. Replié sur lui-même, il n'arrive plus à communiquer, reste des jours sans articuler un mot. Il perd toute motivation, devient négatif se sentant incapable de résoudre les problèmes, déformant sa propre vision de soi, manquant de concentration, perdant la notion du temps. Dans le Canon, les exemples de ces symptômes sont fréquents. Holmes révèle des signes de lassitude dus au surmenage. Accablé de fatigue dans l'Aventure du Pied du Diable, le docteur Moore Agar lui ordonne formellement de prendre un repos complet, pour s’épargner une grave dépression nerveuse. Lorsque son enquête sur L’Entrepreneur de Norwood lui semble vouée à l'échec, le détective se morfond. Watson le retrouve prostré, yeux fixes et visage défait après une nuit d'insomnie, dans une pièce en désordre jonchée de mégots de cigarette et de journaux. Vidé de toute énergie et de force nerveuse, Holmes se laisse aller jusqu’à défaillir d’inanition. Le soutien de Watson lui est alors indispensable : "J’aurais besoin de votre compagnie et de votre soutien moral aujourd’hui" pour ne pas abandonner et reprendre confiance.
Jeremy pouvait-il sortir indemne de cette cohabitation ? Ce masque d'insensibilité a été le plus difficile à porter et à traduire pour lui. Il devait ne laisser filtrer aucun sentiment, répugner à toute émotion, rester de marbre. L'acteur était aux antipodes de son personnage : émotif, amical, sociable, généreux, aimant les autres... Il a dû effectuer un difficile travail sur lui-même, en laissant sa vraie personnalité de côté pour donner une image la plus parfaite possible. Peu à peu, il se laissait phagocyter par Holmes. Cette influence devenait néfaste. Il se mettait en danger. A un moment, Jeremy sentit qu'il y perdait son âme et sa santé. Il s'est souvent interrogé sur la part de responsabilité de Holmes dans sa dépression nerveuse et l'aggravation de ses troubles bipolaires. Il haïssait Holmes. Pourtant il reprit son travail après son hospitalisation et tourna Le Signe des Quatre, en se jurant de ne plus jamais risquer sa santé mentale pour son personnage.Pour échapper à son emprise, il se coupa les cheveux très courts. En inaugurant sa nouvelle coiffure - resculptée tant bien que mal... - dans L'Aventure du Pied du Diable, il exprimait ainsi une forme de libération et d'affirmation de soi. Son rapport à Holmes évoluait peu à peu.
LA SERIE" Spécial " Granada
SPECIALUne réconciliation tardiveEntièrement possédé par son personnage, avec lequel il a vécu pendant 10 ans, Jeremy a commencé véritablement à se réconcilier avec lui à partir de la saison des Archives, en particulier après avoir joué la pièce "The Secret of Sherlock Holmes", qui lui a énormément appris.La lutte était inégale entre un mythe et un être humain sensible. Il y est parvenu au prix d'un parcours douloureux. L'acteur apprécia alors de jouer réellement, sans appréhension, ni perte d'identité. Holmes ne lui faisait plus peur. Il abordait son rôle avec recul et sérénité.

Sherlock Holmes
Il rajoutait : "Holmes est un justicier. Il n'en fait aussi qu'à sa tête. En d'autres termes, il relâche les gens et Scotland Yard dit : "Comment pouvez-vous faire ça ?" Il aime aussi les enfants, parce que je me suis demandé où son amour est canalisé. Parce que nul ne peut être dépourvu d'émotion. Alors, chaque fois que je peux, les 'Irregulars' sont autour de moi. Je pense que Holmes aime les enfants. " On peut voir dans la série que Holmes entretient un rapport privilégié avec eux. Ces derniers ont également un très bon contact avec celui qu'ils voient en héros.Autre découverte quand Jeremy a "été stupéfait lorsque j'ai réalisé à quel point Holmes est attirant pour les femmes. Vous ne le croiriez jamais, à aucun moment, dans les livres. Les femmes rêvent de le séduire." Il est vrai que le logicien froid montre peu d'inclination pour les femmes, mais reste toujours prévenant à leur égard (Violet Hunter). Dans son rôle, Jeremy n'a pas délibérément traduit l'attitude misogyne de Holmes et sa véritable aversion pour la gent féminine, mais il a plutôt montré une certaine indifférence (Mary Morstan) voire parfois, un trouble ou une émotion refoulée (Lady Brackenstall, Violet Smith).Pour le rendre un peu plus sympathique, il a développé certaines affinités particulières qu'entretenait Holmes. Avec la musique, son sens artistique et son goût pour l'art en général. Avec les animaux. Dès qu'il le pouvait, il flattait les chevaux, caressait les chiens (Tobby dans le Signe des Quatre ou Jasper dans le Mystère de Shoscombe). D'autre part, si Holmes n’était certes pas un boute-en-train, un certain humour et une certaine ironie filtraient toujours.

ARCHIVES ALBUMSUn masque lourd à porterUn visage pâle et ascétique, un masque impassible, dénué d'émotion, un génie de la logique. Holmes passe plus pour une "machine à penser" que pour un être humain. Difficile pour un acteur d'incarner un individu si distant, si peu démonstratif, sans rien pouvoir exprimer.Il semblerait que les interprètes de Holmes aient tous souffert de sa sombre emprise. Basil Rathbone, qui incarna le célèbre détective de 1939 à 1953, et marqua le rôle durablement, devint rapidement prisonnier d’un personnage dont il ne parvint plus jamais à se débarasser. Il détesta Sherlock Holmes, auquel il reprocha d'avoir brisé sa carrière. Et effectivement, elle ne tint pas à l'écran, les promesses que les années trente laissaient espérer.Le meilleur ami de Jeremy, Robert Stephens enfila la panoplie du détective en 1970, pour "La vie privée de Sherlock Holmes" de Billy Wilder. Ce fut une expérience douloureuse dont il ne sortit pas indemne. Un tournage épuisant, des exigences trop sévères pour incarner ce héros écrasant et au final un échec cinématographique désastreux, rendirent Stephens malade. Il sombra dans la dépression et l'alcool. En Février 1982, Robert mit en garde Jeremy sur le danger d'accepter ce rôle : "Tu vas devoir descendre dans de telles profondeurs pour trouver cet homme que tu vas t'auto-détruire. J'ai eu de la chance qu'il ne m'ait pas tué."
Jeremy avait une vision beaucoup plus positive de l'existence. Il avait foi en la vie et la nature humaine, confiance dans le potentiel de l'humain. A la recherche de spiritualité, il a commencé la méditation assez tôt vers 25 ans, au début pour trouver le réconfort après le décès de sa mère. Sa pratique est devenue régulière et fervente jusqu'à la fin de sa vie. Il était croyant, ouvert aux autres religions, croyait à la réincarnation, et tout comme Holmes en quête de spiritualité. Finalement, cet être désincarné est tout ce qu'il y a de plus humain. Holmes est un alliage paradoxal d'infaillibilité et d'angoisse, intelligent et arrogant, doutant de lui, pétri de contradictions comme tout un chacun et probablement maniaco-dépressif...

LE GUIDE Page 1 Page 2 Page 3Maniaco-dépressif ?Une admiratrice téléphona un jour à Jeremy, pour le féliciter et discuter de Holmes. Elle lui demanda si, selon lui, le détective présentait le profil d'un maniaco-dépressif. Aucune réponse. Jeremy avait raccroché. En apprenant plus tard qu'il était directement concerné, elle réalisa à quel point sa question l'avait troublé.Holmes souffrirait-il de maniaco-dépression ? On a souvent évoqué ce trouble bipolaire à son égard. Le bon docteur Watson est le témoin direct de cette alternance symptomatique entre excitation et apathie. Holmes possède une personnalité à double face, un caractère et des attitudes qui se révèlent fréquemment contradictoires.
Sherlock Holmes : L'ombre du héros Sherlock Holmes sur WikipediaL'autre moitié du hérosD’’un naturel maniaco-dépressif, Holmes marche sur une corde raide. Son équilibre semble précaire. Il oscille constamment entre périodes d'effervescence et phases d'abattement. Pour trouver une échappatoire, il entretient un rapport privilégié aux excitants de toute sorte : le stimulant d'une enquête, le tabac (fumeur invétéré de cigares, cigarettes, pipes) et la drogue (morphine et, surtout cocaïne dont il est friand). Cette dernière est de pratique moins régulière, mais intense quand il s'y adonne plusieurs fois par jour.Si Holmes n’est pas fait pour le quotidien, auquel il cherche sans arrêt à échapper et ne se complet que dans l'atmosphère du mystère et du crime, c'est qu'il possède une double personnalité. Son rapport avec le monde criminel est très ambigu et dévoile en filigrane, l'autre face du héros doylien : le Holmes criminel. Le détective entretient un rapport particulier avec la criminalité et avoue : "J'ai toujours eu l’idée que j’aurais fait un criminel de très grande classe". Les allusions à sa possible criminalité sont relativement fréquentes. Watson ou les inspecteurs de Scotland Yard pensent qu’il aurait fait "un bien dangereux criminel s’il avait tourné sa sagacité et son énergie contre la loi, au lieu de les exercer pour sa défense". Il ressent une sorte d'attraction et de fascination pour le crime. Holmes n’hésite pas à imiter incarner ceux qu’il traque. Il manifeste d'ailleurs d’inquiétantes dispositions. Il possède l'attirail complet du cambrioleur professionnel et n'hésite pas à s'en servir avec dextérité, pour entrer par effraction, forcer serrures et coffres (Les Plans du Bruce Partington, Le Maître chanteur d'Appledore). L’identification est également psychologique. Le détective avoue lui-même "se mettre à la place du coupable en s’efforçant d’imaginer comment il aurait lui-même agi dans des circonstances analogues" (Le Rituel des Musgrave). Son attirance pour le monde criminel, pouvant aller jusqu’à l’empathie totale, est le signe du mal inhérent à lui-même. Watson évoque même une "force démoniaque" (La Deuxième tache) et un inspecteur de Scotland Yard, ébahi par ses facultés quasi divinatoires et surnaturelles, le traite de "sorcier" ou l'interpelle "vous êtes donc le diable !" Holmes semble parfois faire presque peur ! Enfin sa confrontation avec Moriarty démontre à Holmes qu’il peut être indifféremment détective ou assassin. Holmes révèle dans sa compléxité, sa conscience de se maintenir à la frontière entre légalité et illégalité, bien et mal. Et son coté obscur n'est jamais très loin...Watson évoque "Holmes, en proie à une humeur bizarre". Son comportement est déconcertant et fantasque, parfois même inquiétant. Il s'entraîne au tir au revolver dans son salon. Assis dans un fauteuil avec son instrument à double détente et une centaine de cartouches, il dessine avec les balles les initiales royales V. R. (Victoria Regina) dans le mur! Cela révèle son rapport ambigu à la loi qu'il incarne et l'ordre établi. Il fait sa propre justice et assouvit une vengeance personnelle. Holmes fait des descentes régulières dans les bas fonds londoniens, dans l'East End, les fumeries d'opium, comme mené par le démon de la perversité. Dans la série Granada, Le mystère de Glavon Manor révèle ses errances nocturnes, et montre un Holmes en proie à de terribles cauchemars à la limite du délabrement mental. Il se livre à des expériences chimiques dangereuses, parfois sur lui même (ses mains sont brûlées par l'acide) et expérimente sur les cadavres dans les salles de dissection. Ces pratiques, justifiées au premier abord par les besoins de l’investigation, n’en révèlent pas moins des tendances morbides, voire psychopathes. Holmes teste intellectuellement et physiquement les faits, sans aucune forme d’émotion. Holmes se révèle un grand pessimisme. Il laisse deviner une obsession de la mort plus manifeste dans ses moments d’accablement et de désespoir. Il est toujours hanté par la mort, la justification de l'existence, le sens de la vie.





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