"Lucky Penny bavarde avec Jeremy (D'Artagnan) Brett"
TRADUCTION FRANÇAISE
Nous étions ensemble, Jeremy “D’Artagnan” Brett et moi, pour bavarder autour d’un café dans l’un de ces hôtels chics de Park Lane, à Londres. Bien sûr, je n’ai pas fait le déplacement rien que pour un boire un coup - comment aurais-je pu, avec cette 'star' canon qui me fixait de l'autre côté de la table ?
 
Jeremy Brett était le jeune homme à l’accent snob, Freddy Ainsford-Hill [sic] dans le film My Fair Lady, et qui a chanté le tube " On the Street Where You Live ". Bon sang, je ne me plaindrais pas si cette star vivait sur le pas de ma porte. C'est sûr, Jeremy est un type drôle, galant et sensass.
 
Tu es né dans le Warwickshire. Quelles étaient tes matières préférées à l’école ?
 
L’histoire et l’art. J’adorais peindre des paysages et des poissons - ils ont des teintes merveilleuses quand on apprend à les connaître.
 
Si tu étais quelqu'un d'autre, quelle personne, vivante ou morte, aimerais-tu être ?
 
Sans hésitation, Christophe Colomb. Quelle émotion, d'être celui qui a découvert le Nouveau Monde. Vous vous imaginez dire à vos amis " Je viens de trouver un continent, ça vous dit de me rejoindre ?
 
Si tu n’étais pas acteur, qu'est-ce que tu ferais ?
 
Je dirigerais un centre équestre dans le coin le plus ensoleillé d’Angleterre - si je pouvais trouver un tel endroit. J’aurais aussi presque toutes les races de chiens qui partageraient les bâtiments, rien de tel que les chiens pour vous tenir compagnie, et ils se rendent aussi utiles.
 
Comment as-tu obtenu le rôle de D’Artagnan dans Les Trois Mousquetaires ?
 
J’étais en vacances en Grèce, nageant et bronzant depuis à peu près trois semaines. Un après-midi, l’employé de l’hôtel m’a dit qu’un télégramme de Londres m’attendait au bureau de poste. Je ne voulais pas aller le chercher, je me disais : "Oh oh, fin du temps imparti, Bill Bailey, veux-tu bien revenir à la maison." (*) Mais, quand j’ai fini par l’ouvrir, c'était pour m'offrir le rôle de D’Artagnan, et il fallait une réponse rapide. Bien sûr, c'était "Yay".
 
Aurais-tu aimé vivre au 17ème et au 18ème siècle ?
 
Oui, je préfère de loin le mode de vie en ces temps-là. Je préfèrerais nettement monter à cheval jusqu’à Calais plutôt que prendre le train. Peut-être que la vie était plus dangereuse à l’époque, mais c’était bien plus excitant et satisfaisant.
 
Tu fais beaucoup d’escrime dans le rôle de D’Artagnan, où as-tu appris ?
 
J’ai appris l’escrime quand j’étais étudiant à la Central School of Speech and Drama. Et depuis lors, j’ai combattu à peu près une fois par an dans des rôles différents, ce qui m’a empêché de me rouiller. Cependant pour la série, nous, les quatre Mousquetaires, avons été coachés pendant une semaine par un maître d’escrime professionnel avant le début du tournage.
 
Est-ce que tu aimes être un héros d’un autre temps ?
 
Oui, assurément. De tout façon, je suis quelqu’un de terriblement romantique. Je trouve ça super excitant de monter à cheval et de galoper dans la nuit. Et de faire voir de belles manières, de la bravoure, et des sentiments profonds et sincères pour quelqu’un. Mais c’est un peu décevant quand je quitte les studios de devoir à nouveau jouer des coudes pour me frayer un chemin dans le métro gris et noir de monde.
 
Que penses-tu des costumes de l’époque, comparés aux vêtements masculins d'aujourd'hui ?
 
Certains d’entre eux étaient bien plus pratiques qu’aujourd’hui. Leurs bottes de cavaliers, par exemple, montaient bien au-dessus du genou et le protégeaient. Mais maintenant, les bottes sont boutonnées et s’arrêtent sous le genou, elles vous rentrent dans la jambe, et sont horriblement difficiles à garder quand on galope à pleine vitesse.
 
Quel genre de musique aimes-tu ?
 
Je suis un peu paresseux en matière de musique. Je l’utilise - plutôt que de m’asseoir et l’écouter. J’aime quand c'est un fond sonore apaisant.
 
Si tu étais sur une île déserte, quel disque et quel être vivant aimerais-tu avoir pour te tenir compagnie —INTERDIT DE CHOISIR UN PARENT— ?
 
Le disque serait le 33 tours des Beach Boys, Pet Sounds. Pour me tenir compagnie, j’emmènerais mon chien bâtard, Binks, Bonkers pour les amis.
 
Quelle est ta star de cinéma préférée, homme et femme ?
 
L’homme est la star française Jean-Paul Belmondo. Je l’aime en tant qu’acteur et en tant que personne. Et la femme, Julie Christie. A mon avis, c’est une grande ‘star’ et une grande personnalité dans le monde du spectacle.
 
Quelles sont tes couleurs préférées ?
 
Tous les tons de marron, sauf le très terne. Et le bleu très, très vif.
 
Quels sont tes chanteurs et tes groupes favoris ?
 
Chanteurs favoris : Georgie Fame, Nancy Wilson. Et les groupes : les Beach Boys et les Four Tops.
 
Es-tu superstitieux au sujet de la chance et de la malchance ?
 
Je suis superstitieux pour un ou deux trucs. Je n’allumerais jamais trois cigarettes avec une seule allumette. On dit que cette superstition est née dans les tranchées pendant la Première Guerre Mondiale, quand les tireurs embusqués guettaient les lumières - et tuaient le troisième homme à accepter du feu. Je ne passe pas sous les échelles à moins d’y être forcé, ou je ne marche pas sur les joints des pavés, ce qui veut dire que vous pourriez rater un coup de fil important (ou manquer le retour de votre mère).
 
Si tu pouvais t’offrir quelque chose, qu’est-ce que ça serait ?
 
J’aimerais posséder Cavallo, l’alezan que je montais dans Les Trois Mousquetaires.
 
Qu’est-ce que tu préfères manger ? Peux-tu me donner la recette ?
 
J’aime tout manger, ma nourriture préférée est un assortiment géant de grillades, très bien cuisiné, avec des pancakes au citron pour m’achever. Mais je suis désolé, je ne peux pas vous donnerune recette, mon savoir-faire culinaire se limite aux œufs à la coque.
 
Qu'elle est la qualité particulière que tu recherches chez une fille ?
 
Oui, il y en a une. J’aime une fille qui vous regarde ‘droit dans les yeux’, surtout quand on lui parle. Les filles qui jettent des regards obliques ou regardent tout le temps autour d’elles, ne sont pas mes amies. Je pense aussi que la forme d'une bouche est révélatrice du caractère d’une fille - et je ne me fie pas non plus au maquillage.
Pourrais-tu me raconter une anecdote amusante ?
 
J’en connais un bon nombre, mais il y a un incident où j’ai fait les frais de la plaisanterie. Vous vous souvenez nous avons déjà évoqué l’escrime, et cette semaine d’entraînement avant le début du tournage. Eh bien, c'était une sacrée partie de rigolade, nous savions tous nous battre à l'épée, mais nous n’étions pas bons à grand chose pour ‘parer’ avec précision. On envoyait valdinguer nos chapeaux, on manquait d’arracher les fausses moustaches, on déchirait et abîmait un nombre incalculable de vestes en soie et de jabots en dentelles, et j’ai même fait un énorme trou dans la plus belle paire de bas de soie de Porthos. Aussi longtemps que nous n’étions pas égratignés ni balafrés, rien d’autre ne comptait alors.
A la fin de la semaine, il n’y avait eu aucun accident fatal, et on se prenait pour des petits malins.
Le lundi suivant, toute l’équipe est arrivée dans le studio pour le top départ, et j’avais mon premier duel. Cinq minutes avant ce moment mémorable, j’ai décidé de vite m’échauffer et j’ai tiré l’épée de mon fourreau, mais il ne se passa rien. Le producteur cria " Jeremy, qu’est-ce que tu fabriques ? En garde, prêt  pour l’action, MAINTENANT ! " Frénétiquement, j’ai tiré comme Superman, et VLAN, épée, fourreau et chaîne se sont cassés et m’ont flanqué un bon coup dans l’œil. Quelle adresse !
Quel genre de personne aimerais-tu être par-dessus tout ?
 
J’aimerais être le genre de personne dont les gens apprécient la compagnie.
 
(*) Référence à une chanson populaire anglaise "Won't You  Please Come Home Bill Bailey"
Jeremy (D'Artagnan) Brett and I got together for a coffee and a chat at one those swish hotels in Park Lane, London. 'Course, I never got around to drinking my cuppa--how could I, with this dishy-looking 'star' staring at me from t'other side of the table ?
 
Jeremy Brett was the posh-talking Freddy Ainsford-Hill [sic] in the film My Fair Lady and sang the hit tune 'On the Street Where You Live.' Gosh, I wouldn't complain if this star lived on my doorstep. Yes, Jeremy's a really 'gay', gallant 'n' groovie guy.
 
You were born in Warwickshire. What were some of your favourite subjects at school ?
 
History and art. I loved painting landscapes and fish--they've marvelous colouring when you get to know them.
 
If you weren't yourself--which person,  living or dead, would you like to be ?
 
Definitely, Christopher Columbus. What a thrill to be a discoverer of the New World. Imagine saying to your friends, 'I've just found a continent - care to join me?'
 
If you weren't an actor - what would you do for a living ?
 
I'd run a stable in the sunniest corner of England--if I could find such a place. I'd also have practically every breed of dog sharing the premises--nothing like dogs for the company, they're helpful, too.
VERSION ORIGINALE
Lucky Penny talks to Jeremy (D'Artagnan) Brett - 25 March 1967
How did you get the part of D'Artagnan in The Three Musketeers ?
 
I was on holiday in Greece, swimming and sunning myself, and I'd been there about three weeks. One afternoon, the hotel clerk said there was a telegram from London waiting for me at the Post Office. I didn't want to collect it--I thought, 'Oh oh, time's up Bill Bailey, won't you please come home.' But, when I finally opened the wire, it was offering me the part of D'Artagnan and asking for a hasty reply. Of course, the answer was 'yay.'
 
Would you like to have lived during the 17th and 18th century ?
 
Yes, I much prefer the way of life during those times. I'd far rather ride a horse to Calais than go by train. Perhaps life was more dangerous then, but it was far more exciting and satisfying.
 
You do a lot of fencing as D'Artagnan--where did you learn ?
 
I learnt fencing as a student at the Central School of Speech and Drama. And, since then, I've done about a fight a year in different parts--which has stopped me from getting rusty. For the series, though, we four Musketeers were coached for a week by a professional fencing master before the show began.
 
Do you enjoy being a hero of another day and time ?
 
Yes, I certainly do. I'm a terribly romantic person, anyway. I get a tremendous kick riding a horse and galloping off into the night. And showing good manners, bravery, and deep, sincere feelings for someone. But it's a bit of a letdown when I leave the studios and have to go to push and shove my way into the grey, jam-packed underground station again.
 
What do you think about the costumes of that time, compared with the men's gear of today ?
 
Some of their gear was far more practical than we have today. Their riding boots, for instance, came well over the knee and protected it. But now, the boots are buttoned, come below the knee, press into you - and are terribly hard to keep on when galloping at speed.
 
What kind of music do you enjoy ?
 
I'm a bit lazy when it comes to music. I use it - rather than sit and listen to it. I like it to be a soothing background.
 
If you were on a desert island, which record and which living thing would you like for company - NO RELATIVES ALLOWED ?
 
The record would be the long player by the Beach Boys, 'Pet Sounds.' And, for company, I'd take my mongrel dog, Binks--known as Bonkers to his friends.
 
Who is your favourite - male and female - film star ?
 
The male is the French film star Jean-Paul Belmondo. I like him as an actor and as a person. And my favourite female is Julie Christie. To me, she's a great 'star' and personality in the entertainment world.
 
What are your favourite colours ?
 
All shades of brown, except the very muddy one. And bright, bright blue.
 
Who are your fave singers and groups ?
 
Fave singers--Georgie Fame, Nancy Wilson. And groups--The Beach Boys and the Four Tops.
 
Are you superstitious about good and bad luck ?
 
I'm superstitious about one or two things. I'll never light three cigarettes with one match. They say that superstition was born in the trenches during the First World War when snipers would watch for lights--and kill the third man to accept a light. I don't walk under ladders unless I'm compelled to--or on the cracks in the pavement, which means you mightn't get an important phone call [or you might break your mother's back!
 
If you could treat yourself to one thing--what would it be ?
 
I'd like to own Cavallo--the chestnut horse I rode in The Three Musketeers.
 
What do you most like to eat ? Can you give me the recipe ?
 
I like to eat everything--my fave food is a very well-cooked, giant-sized mixed grill, with lemon pancakes to finish me off. But, I'm sorry I can't oblige you with a recipe, my cooking begins and ends with boiled eggs.
 
Is there one special quality you look for in a girl ?
 
Yes, there is--I like a girl who looks you 'straight in the eye,' especially when you're talking to her. Girls who give sidelong glances or look around the room the whole time, are no pals of mine. I also think the shape of a mouth tells a lot about a girl's character--and I'm not deceived by make-up, either.
 
Could you tell me of one amusing moment ?
 
I know a number, but this incident was a big laugh on me. You know we mentioned fencing earlier on, and that practice week before the series began. Well, it was a terrific giggle--we all knew how to fence, but we weren't much good at 'parrying' with precision. We knocked off each other's hats, nearly sniped away glued moustaches, ripped and ruined countless silk jackets and lace ruffles, and I even made a whopping great hole in Porthos' best pair of silk hose. As long as we didn't get scratched and slashed, though, nothing else mattered.
At the end of the week with no fatal accidents, we thought ourselves very clever chaps.
The following Monday, the full cast arrived at the studio for the grand start and I had my first duel. About five minutes before this momentous moment, I decided to have a quick swing and pulled at the sword fixed in my scabbard, but nothing happened. The producer screamed, 'Jeremy, where are you? En garde, ready for action, NOW!' In a frenzy, I tugged like a superman--and, SMACK, sword, scabbard and chain broke off and belted me in the eye. What a cavalier!
 
What sort of person would you like to most like to be ?
 
I'd like to be the kind of person whom people enjoy having around."
 


Interview by Lucky Penny
"Diana - The Paper for Girls Who Love Good Stories"
N° 214 du 25 March 1967
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