Editeur de Sherlock Holmes, The Detective Magazine, Juin 1997. Alors, vous avez connu Holmes par les films et pas spécialement par les livres ?
Davies: Au départ, mon premier souvenir vient de la radio, la radio britannique, avec Carlton Hobbes et Norman Schelly. J'étais évidemment très jeune. Et puis les films avec Rathbone étaient diffusés à la télévision à cette période très importante du début de l'adolescence. Et qui a coïncidé avec ma lecture du Chien des Baskerville dans la bibliothèque de l'école. Et les deux choses ensemble ....
Ainsi vous avez vu le Chien [des Baskerville] ?
Davies: Non, je ne l'ai pas vu. J'ai vu la série d'Universal et lu le Chien. Non, le Chien n'était pas diffusé, c'était interdit à la télévision britannique jusqu'aux années 70. A cause de la phrase: "Watson, la seringue." C'est la vérité!
Mais vous n'aviez plus le droit de continuer Conan Doyle !
Davies: Absolument! Ils ont dit à cette époque, et nous parlons actuellement des années 70, qu'il n'était pas un écrivain suffisamment important. J'ai dû aller voir ailleurs, ainsi presqu'en antidote, je me suis intéressé aux films avec ardeur, et j'ai commencé à écrire ce que je considérais être un article, puis qui s'est developpé et est devenu "Holmes, the Movies" (premier livre publié par Davies).
Cependant, Brett n'aurait pas été d'accord que Conan Doyle ne soit pas considéré comme un écrivain de qualité, indigne d'être étudié. Il considérait qu'il l'était assurément ?
Davies: Absolument, oui. Il le vénérait, certainement en tant que créateur de Sherlock Holmes, et il était également impressionné par certains de ses autres écrits. Et il voyait, et à juste titre, que sans Doyle et sa magie, rien de tout cela, (faisant un geste circulaire des deux bras) rien de tout ça n'aurait existé.Nous avons tous de bonnes idées de temps en temps. Ce pourrait être une idée simple telle que, "Abattons ce mur et nous aurons une pièce plus grande." à "Je pense que nous devrions avoir un vélo d'appartement pour perdre du poids." A un moment, Doyle a simplement eu cette bonne idée (claquant des doigts) comme ça, venue de nulle part. Et cette bonne idée a influencé tant de gens. De différentes façons, écrivains, acteurs, vrais passionnés, lecteurs, si vous voulez, pour une centaine d'années! Vraisemblablement, comme beaucoup de choses, ce ne devait pas être aussi simple que ça. Mais quelque chose doit avoir simplement fait tilt avec lui (clac!), et c'est incroyable, parce que c'est la même chose quand je dis, "Abattons les murs ...", "Allons en France pour nos vacances ..." Mais pour lui, c'était "Inventons Sherlock Holmes."
Avant de nous intéresser aux productions de Granada et de leur influence sur tout cela, revenons aux premiers films sur Holmes. J'ai grandi avec le Holmes de Basil Rathbone. Il était toujours Sherlock Holmes pour moi.
Davies: C'est un bon titre pour un article, "Il Etait Toujours Sherlock Holmes pour Moi." Je le savais! Kathryn (White, sa femme) serait d'accord! Elle aurait fait son éloge. Elle est encore trés partisan du camp Rathbone. Je pense que dans une certaine mesure, moi aussi. C 'est très difficile de comparer, car, Brett avait pour lui des scripts fidèles au Canon, un Watson à peine exact, ou un Watson très exact, selon votre manière de voir (le meilleur des deux) et une couleur magnifique, et tout le reste. Tandis que Rathbone jouait dans les années 40, tranposé à l'époque moderne, et les scénarios n'étaient pas si excellents. Watson était sympathique, mais totalement inexact.
Pauvre Nigel Bruce, il a fait de son mieux avec ce qu'il avait.
Davies: Il est intéressant de noter que dans ma postface de Tangled Skein que j'ai abandonné en chemin, j'ai dit que j'entends toujours la voix de Rathbone quand j'écris un dialogue, et remarquons qu'Edward Hardwicke a dit quelque chose de très similaire. En enregistrant les cassettes des histoires de Holmes, il entend la voix de Rathbone plutôt que celle de Brett. C'est à dire, je pense que Jeremy Brett était brillant. Ils sont sur un pied d'égalité, si vous voulez, mais il y a quelque chose qui est encore très magique chez Rathbone.
Quel acteur auriez-vous souhaiter voir jouer Holmes ou qui le devrait ?
Davies: Eh bien, il en existe potentiellement un ou deux que j'aimerais voir. Daniel Day Lewis, qui je pense pourrait faire un très bon Holmes. Brett était très enthousiaste à cette idée. (rires) Je répondrais plus sincèrement à la question: "Quels acteurs n'auraient pas dû avoir joué Sherlock Holmes? "
Eh bien, nous en avons toute une liste, n'est-ce pas ?
Davies: Oui. Je pense qu'en tête de ma liste figure toujours Edward Woodward, mais c'est très difficile, je ne sais pas, mais je pense que peut-être le prochain Holmes devrait être un inconnu, et ce serait bien d'avoir un Holmes jeune. Je ne veux pas dire par là un adolescent, comme dans Spielberg (Young Sherlock Holmes), mais quelqu'un entre vingt-cinq et trente ans. En quelque sorte l'âge de Holmes quand lui et Watson se sont rencontrés. Maintenant, revenons à Granada et Jeremy Brett. Ensemble, ils ont donné une nouvelle vie à Holmes, mais ça n'a pas été facile, non ?
Davies: Exactement. Par exemple, lorsque Michael Cox a proposé de traiter les histoires, ils ont d'abord dit: "Oh, non. Pas Conan Doyle. Pas le vieux Sherlock Holmes ..." Et il a indiqué ... "si vous le faites correctement ..." "vous savez".
Vous avez réussi à obtenir que Michael Cox écrive au sujet des productions dans votre magazine, The Gazette (maintenant Sherlock Holmes: The Detective Magazine) Parlez-nous en.
Davies: Dans le prochain numéro, Michael Cox écrit à propos de deux épisodes de la série de Granada, et il m'a demandé: "Que dois-je mettre dans mon baratin au début?" Je lui ai dit que j'étais toujours fasciné par le financement de la production. Chaque épisode prévoyait une dépense d'un demi-million de livres, et il devait toujours jongler avec l'argent. Par exemple, il a dit que s'ils filmaient dans une maison de maître, une propriété du National Trust [organisme pour la protection du patrimoine historique], cela coûterait mille livres par jour, uniquement pour l'utilisation de la propriété. Mais en faisant cela, nous pouvons effectivement économiser de l'argent, car en utilisant une propriété du National Trust, nous ne devons pas redécorer toute la maison. Tout est déjà en place. Ainsi, selon le script, vous pouviez obtenir un épisode moins dispendieux. Par exemple, "L'entrepreneur de Norwood" est un épisode tout à fait bon marché par rapport à "L'Interprète grec" qui a beaucoup de séquences en chemin de fer à la fin et a été très coûteux. Alors, ça se compensait. L'un ne coûtant pas plus que l'autre, mais ensemble ils reviennent à un million de livres. Et ce, avant 1990, alors aujourd'hui, il coûteraient beaucoup plus. Je pensais que la musique de toute la série était exceptionnelle.
Davies: Celle de Patrick Gowers, oh oui. Eh bien, à la cérémonie du souvenir de Brett à Saint-Martin's in the Fields la fille de Patrick Gowers, qui est violoniste, a joué le thème de Reichenbach, en fait le thème principal de la production. Il n'y avait pas un seul œil de sec nulle part. J'ai lu dans un numéro de The Gazette un sujet sur la plaque dédiée à Jeremy posée par les Regulars au Wyndham's Theatre (Londres) alors j'ai pris le temps d'aller la voir et de prendre une photo. C'est vraiment très émouvant.
Pour préparer votre nouveau livre, Bending the Willow, vous devez avoir plusieurs fois rendu visite à Brett sur les plateaux de Granada.
Davies: Oui. Principalement sur les plateaux de Granada à Manchester. La première fois c'était avec le club The London Sherlock Holmes pour une projection spéciale du "Signe des Quatre", présentée par Michael Cox. Cet épisode a en fait été filmé en 35 mm, tous les autres étant en 16 mm, et c'est le seul épisode avec une piste sonore stéréo.
Pour moi, le point central de Bending the Willow est de montrer le désir de la part de chacun de présenter les histoires de Doyle aussi fidèlement que possible. Les scénaristes, Michael Cox, Brett lui-même, tous semblaient travailler très dur en ce sens. Etes-vous d'accord ?
Davies: Eh bien, je ne pense pas que ce soit le cas pour tout le monde. C'est certainement vrai pour Brett et Cox. Moins pour les scénaristes, et aussi les réalisateurs, de moins en moins à mesure que le temps passait. Et avec June Wyndam Davis. Ce n'est pas une critique à son égard, mais elle était une femme de télévision, en quête de belles images. Elle m'en a dit plus ou moins autant.
Elle a dirigé la deuxième série ?
Davies: Elle a commencé après "Le Retour", techniquement la seconde série, ouais. Michael a fait "Les Archives" et puis il a tiré sa révérence. Et ce qui m'a surpris, avis que partageait Brett avec moi, c'était que les réalisateurs semblaient vouloir laisser leur marque en tant que réalisateur, et par conséquent, la fidélité ne les intéressait pas.
Brett lui-même ne les a-il pas parfois ramener à la précision littéraire ?
Davies: Il le faisait. Quand il était bien. Et quand il n'était pas bien, il disait: "OK. Si vous voulez. " Pour moi, l'exemple classique, c'était dans "Le Mystère de Glavon Manor", je crois qu'on l'a appelé ainsi. A présent la maladie de Brett connaissait des hauts et des bas comme vous le savez bien. Eh bien, je l'ai interviewé le jour précédent la scène où il sort sous la pluie et s'asseoit dans le caniveau. Il était excité à ce sujet, et même beaucoup. Et il la décrivait comme un enfant. (imitant la voix de Brett:) "Demain, je vais me mouiller! " Sérieusement!
Puis après, une fois que tout était fini, il a dit: "Oh, cette scène ... Je souhaiterais ne pas l'avoir faite." Et les scénaristes l'avaient mise. Le réalisateur pensait que c'était merveilleux. Ils avaient loué cette brigade de pompiers pour asperger de l'eau dans la rue. Une dépense importante pour une si petite chose, et c'était très non-Sherlockien.
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