Page 1 Page 2 Page 3e Warwickshire, le "Pays Noir", terre de Shakespeare au cœur de l'Angleterre. C'est dans cette région prédestinée, à Berkswell, petit village près de Coventry, que Jeremy Brett vit le jour le 3 Novembre 1933. Né Peter Jeremy William Huggins, il était le benjamin de ses trois frères John, Michael et Patrick, et le plus dorloté.
Son père le Lieutenant-Colonel Henry William Huggins, "Bill" pour les intimes, était un officier au valeureux passé militaire. Pour s'être distingué pendant la Première Guerre Mondiale, il fut l'un des premiers en Angleterre à recevoir la DSO (Distinguished Service Order), l'équivalent de la Médaille du Mérite, et fut décoré à deux reprises de la Croix de Guerre en reconnaissance de ses actes de bravoure exemplaires. Lui-même était issu d'un milieu militaire et Huguenot d'origine française.Sa mère, Elisabeth Edith Butler Cadbury appartenait à la célèbre famille de chocolatiers mondialement connue. C'était une Irlandaise Quaker de Kilkenny, "un étonnant mélange" selon Jeremy. Esprit libre et réformiste, elle participa aux actions de la Croix Rouge durant la Deuxième Guerre Mondiale, en particulier lors du bombardement de Coventry, et œuvra pour la cause féminine, en présidant l'Institut des Femmes de Berkswell. Betty et Bill s'étaient rencontrés la première fois à l'occasion d'une réunion Quaker à Birmingham où ils avaient l'habitude de se retouver régulièrement. Épris l'un de l'autre, ils se marièrent en 1923.Jeremy adorait sa mère que tout le monde appelait affectueusement "Bunny". Il lui ressemblait sur bien des points. Elle seule savait le comprendre et elle lui inculqua le principe d'aller jusqu'au bout de ses rêves. Dotée d'une forte personnalité indépendante, son altruisme et sa bonté la portaient toujours à aider les autres. Ainsi, elle hébergeait sous son toit tous ceux qui étaient dans le besoin, familles déshéritées par la guerre, vagabonds ou bohémiens. Jeremy était un petit garçon débordant d'énergie et sans cesse en mouvement. Il avait de quoi s'occuper avec ses trois frères, dans la propriété familiale "The Grange", spacieux manoir du 17ème siècle comportant des ajouts de la fin du 19ème et dans son grand parc. On y donnait souvent de superbes réceptions et des bals, réunissant plus d'une quarantaine d'invités. L'oncle de Jeremy, le Dr Leslie Huggins, était le maître de musique de l'école Bradley à Stowe (où le propre fils de Jeremy fit lui aussi ses études). C'était un homme extraordinaire, fou de musique. Quand il venait, Jeremy avait l'habitude de le conduire jusqu'au piano à queue au fond de l'immense salon pour lui demander de jouer.La maison entière s'emplissait de musique et l'enfant l'écoutait aux anges, tapi sous l'instrument. Jeremy reconnut avoir "eu la plus merveilleuse des vies de famille."Avec les années, des aménagements furent apportés à la maison: une salle de jeu où les enfants pouvaient peindre, dessiner, jouer de la musique, un magnifique jardin en terrasses, des terrains de tennis et de squash, un colombier, de nouvelles écuries... "The Grange" était aussi un véritable paradis pour tous les animaux, chevaux, chiens, lapins, furets et même singes, s'y ébattaient librement. Toute la famille pratiquait le tir à l'arc et l'équitation. Le Colonel et ses quatre fils étaient membres du prestigieux club "Woodmen of Arden" de Meriden fondé en 1758. Jeremy suivit les traces de ses frères aînés et quand il eut vingt-et-un ans, fut nommé Master Forester dès son premier jour. Le jeune garçon se passionna très tôt pour l'équitation. Il avait son propre poney "Babs". Rapidement, il se révéla un cavalier émérite, participa à des concours et gagna des prix. Il caressa un temps le rêve de devenir Jockey … avant de trop grandir.L'amour de Jeremy envers les animaux était flagrant. Il les choyait, leur murmurait à l'oreille comme à des êtres humains et trouvait du réconfort dans leur royaume. Car il était souvent seul. Sa mère se vouait aux autres, ses frères plus âgés s'intéressaient à leurs affaires et ses camarades se moquaient du défaut d'élocution dont il souffrait. Né avec une ankyloglossie, c'est à dire une malformation du frein lingual entraînant un déficit de mobilité de la langue, Jeremy ne parvenait pas à prononcer correctement les sons "R" et "S". Victime des railleries des autres enfants, son trouble s'aggravait considérablement quand il se sentait nerveux ou anxieux. Des phrases entières pouvaient devenir totalement incompréhensibles. Profondément complexé et meurtri d'être ainsi ridiculisé, Jeremy préférait s'isoler. Replié sur lui-même, sa propre imagination lui servait d'évasion. Mais avec sa détermination et sa positivité, jamais il ne renonça à son rêve de devenir un jour acteur.Enfant déjà, Jeremy aimait capter l'intérêt des autres et tout mettre en scène. Avec son imagination débordante, son goût de la dramatisation et son comportement hyperactif, on lui reprochait souvent d'en faire trop. "Je mettais tout en scène, toutes les chansons" confia-t-il dans une interview en Juin 1992. Il était passionné de cinéma. Quatre fois par semaine, il se rendait à bicyclette au cinéma Cameo de Berkswell. Un jour, on projetta "Henry V". Bouleversé et profondément impressionné par l'interprétation de Laurence Olivier, la décision du jeune garçon de 12 ans était évidente : il serait acteur !
Jeremy retourna à Londres, pour rejoindre la Compagnie du "Old Vic Theatre" en 1956 et faire ses débuts dans la capitale. L'année suivante, il partit en tournée en Angleterre, au Canada et aux Etats-Unis. Il interpréta plusieurs pièces de Shakespeare, dont la plus connue, "Troilus and Cressida". Elle lui valut de remporter "The Most Promising Actor Award" pour son rôle de Patroclus. La pièce fut présentée à Broadway, au Winter Garden de New-York et d'autres villes états-uniennes. Le 4 Mars 1957, Jeremy, qui jouait le comte Pâris, réalisa sa première retransmission télévisée de la pièce "Romeo and Juliet" sur la chaîne américaine NBC.King Vidor, le célèbre cinéaste américain, remarqua un jour la photo du jeune premier parue dans "The British Spotlight" à l'époque du "Library Theatre". En 1956, il l'engagea pour interpréter Nicholas Rostov dans sa superproduction "War and Peace", adaptée du roman de Tolstoï. Jeremy joua aux côtés d'Henry Fonda, Mel Ferrer et Audrey Hepburn. Ce film, tourné principalement à Rome, marqua sa première rencontre avec Audrey. Le 24 Mai 1958, Jeremy épousa l'actrice Anna Massey, fille du célèbre acteur de cinéma Raymond Massey et de l'actrice Adrienne Allen. Tous deux étaient très jeunes, Anna avait presque 21 ans et Jeremy 24. Leur seul fils, David Raymond William Huggins, naquit le 14 Août 1959. Il est aujourd'hui un caricaturiste à succès, également romancier ("Luxury Amnesia" ; "Me Me Me " ; "The Big Kiss") peintre et illustrateur. Jeremy aimait s'entourer des œuvres de son fils. Jeremy connut une série de succès tels que la comédie musicale "Meet me by the Moonlight" (1957), "Variation on a Theme" (1958) "The Edwardians" (1959), "The Changeling" (1961), "The Kitchen" (1961) et surtout "Hamlet" (1961). Au "Strand" de Londres, sa prestation lui valut l’unanimité enthousiaste de la critique : "Brett est un Prince parmi les acteurs". Et la réconciliation avec son père. Si ce dernier avait manifesté son désaccord au début, il avait surtout peur pour son fils et craignait que ses problèmes d'élocution ne le fassent échouer. Le Colonel découvrit l'affiche "Jeremy Brett dans Hamlet" et assista au triomphe de la représentation. Très impressionné et admiratif, il lui dit qu'il était temps de reprendre son nom de Huggins. Son père fut anéanti, quand Jeremy, très ému, lui répondit qu'il était trop tard ...Sa mère Elizabeth n'assista pas à son triomphe, ni à aucun autre de ses succès. Elle mourut tragiquement en 1959 dans un accident de voiture dans les montagnes galloises, laissant son fils de 25 ans désespéré. Jeremy déclara plus tard à un journaliste de la BBC2, qu'il avait canalisé toute la colère refoulée en lui par la perte de sa mère, dans son interprétation d'Hamlet. Ce fut également l'une des dernières joies de son père qui allait mourir en 1965 d'une maladie cardiaque. Le frère aîné de Jeremy, le Révérend John Huggins, vicaire anglican, raconta que celui-ci prit la responsabilité de prodiguer les soins à leur vieux père durant ses dernières années.Tandis qu'il gagnait en notoriété, son mariage se détériorait. Le couple partageait de merveilleux moments, mais il réunissait deux êtres trop dissemblables. Anna était réservée et calme, Jeremy, extraverti et hyperactif. Anna appréhendait mal son débordement d'énergie, son besoin de sortir et s'amuser. Jeremy découvrait chez sa femme des aspects qu'il ne comprenait pas. Les disputes se firent plus fréquentes, entrecoupées de tendres réconciliations. Tous deux s'aimaient tendrement malgré tout et cherchèrent désespérément à sauver leur union.
ais tout d'abord Jeremy devait suivre ses années de scolarité, une époque pénible pour lui. Gêné par des problèmes de dyslexie, il se considérait lui-même comme un "désastre académique".
n 1954, Jeremy fit sa première apparition au cinéma. Un simple rôle de figuration non-crédité au générique, dans le long métrage "Svengali", adaptation britannique réalisée par Noël Langley sur le célèbre hypnotiseur maléfique éponyme.
Dès l'école primaire de Balsall Common, son institutrice Miss Kenderdine se rendit compte de ses difficultés d'apprentissage. Jeremy ne semblait pas capable de suivre la classe avec les autres enfants. On pensa même que le jeune garçon souffrait de problèmes d'audition ce qui se révéla inexact après des tests. A cette époque ce trouble était mal connu et mal compris, souvent interprété à tort comme un déficit sensoriel et intellectuel, ou de la paresse. Lorsque sa dyslexie fut finalement diagnostiquée, la mère de Jeremy passa beaucoup de temps à lire avec lui, afin qu'il puisse se familiariser avec les mots. Malgré cette rééducation appropriée basée sur la répétition et la durée, la dyslexie est une condition à vie et resta un handicap contre lequel Jeremy dut constamment lutter.Après Abberley Hall Prep School, Jeremy devint, comme ses frères précédemment, pensionnaire au prestigieux Eton College, fleuron des public schools britanniques, fondé en 1440 et situé près du château de Windsor, 40 km à l'ouest de Londres dans le Berkshire. S'il ne brillait pas par ses résultats scolaires, il excellait en chant. Sa voix de soprano était si pure et si musicale, qu'il tenait le solo de la chorale d'Eton, mettant l'auditoire en extase. Cela lui valut de recevoir ses premières lettres de fans ! Pensionnaire à la même époque, Colin Clark évoqua le souvenir laissé par le jeune chanteur : "Dans sa robe blanche de vestale, avec ses cheveux bruns brossés jusqu'à ce qu'ils deviennent brillants, ses yeux regardant le ciel et sa bouche ouverte en pure mélodie, il pouvait faire s'évanouir son auditoire durant les psaumes… "Jeremy était un sportif accompli. Mais un jour, après avoir remporté la compétition de natation d'Eton et plongé inlassablement dans les eaux troubles et glacées de la Tamise, il attrapa un rhumatisme articulaire aigu. A 16 ans il était résistant, mais la fièvre le laissa entre la vie et la mort de longues semaines. Le médecin demeura pessimiste. Il savait que son jeune patient subirait, des années plus tard, les séquelles laissées sur son cœur affaibli. L'avenir lui donna malheureusement raison.Après ses études à Eton, Jeremy entra en 1951, à la "Central School of Speech and Drama" (École Centrale d'Art Oratoire et Dramatique) à Londres. Son choix n’était pas facile à faire accepter à un père aux stricts principes et à la rigidité militaire. Le Colonel trouvait ce métier dégradant et indigne. Il ne voulait absolument pas que leur nom de famille puisse être associé au monde vulgaire du spectacle et interdit formellement à son fils de l’utiliser. Jeremy réfléchit à un nom de scène et finalement choisit la marque de son premier costume en tweed vert, confectionné par la "Brett & Co Warwicke". Jeremy Brett sonnait plutôt bien.Le jeune acteur se révéla très prometteur en remportant les trois principaux prix de l'école, dont le Laurence Olivier Award (maintenant connu sous le nom de Laurence Olivier Bursary Award) et le William Ford Memorial Prize. Son mérite était d'autant plus grand, qu'à l'âge de 17 ans, Jeremy avait subi l'opération chirurgicale qui corrigea la malformation de sa langue. Sa diction parfaite fut le fruit d'un long travail de rééducation à la "Central School of Speech and Drama" et d'années de pratique. Jeremy savait que la première étude du comédien doit être celle d'une articulation pure, exempte du moindre défaut et que ce travail doit être fait seul et antérieurement à tout autre. Tout le reste de sa vie, plusieurs heures par jour sans exception, Jeremy se livrait à des exercices de prononciation, de diction et de déclamation. C'était devenu une routine matinale. Même si l'acteur fut plus tard renommé et envié pour sa voix incomparable à l'articulé et au phrasé impeccables, sa hantise demeurait de perdre le résultat obtenu. L'impact psychologique demeura profond et durable.Quand il quitta la "Central School of Speech and Drama", Jeremy effectua ses vrais débuts professionnels au "Library Theatre" à Manchester en 1954. A cette époque, il faisait essentiellement de la figuration. L'une de ses premières prestations consista à camper un soldat. Il emprunta pour cela les bottes de son père, qui, après la représentation, le félicita : "un triomphe, mon garçon". Acteur à multiples facettes, Jeremy se composa un répertoire des plus éclectiques, du classique shakespearien au théâtre avant-gardiste.
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Avec franchise et ménagements, Jeremy avoua à sa femme à la fin de l'automne 1960, que tout était fini. Il avait rencontré quelqu'un pendant des vacances en Suisse à Montreux ... un homme. Le choc passé, il tentèrent une ultime réconciliation qui dura six semaines. Le divorce fut prononcé le 9 Novembre 1962. Tous deux restèrent en bons termes et continuèrent à s'occuper de leur fils David. Anna savait qu'elle pouvait compter sur Jeremy qui serait toujours là pour eux.
Pendant plusieurs années Jeremy a entretenu des relations homosexuelles, en particulier sept ans avec Gary Bond (1969-1976). Jeremy avait d'abord remarqué le jeune et bel acteur dans la comédie musicale "On The Level" en 1966. Leur rencontre eut lieu plus tard, en Décembre 1969, à l'occasion d'un spectacle de bienfaisance, "A Talent to Amuse", célébrant le 70ème anniversaire de Noël Coward. L'inclination qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre devint rapidement quelque chose de profond et sérieux. Les deux acteurs se ressemblaient sur bien des points, partageant l'amour de la vie et le goût du rire. Après le tournage de Gary en Australie dans "Wake in Fright" en 1971, ils décidèrent de vivre ensemble dans une maison à Notting Hill. Les années passant, Jeremy souhaita mettre fin à leur union, mais leur amitié resta indéfectible.
SUITEout en restant très discret, Jeremy n'a jamais caché le fait qu'il était bisexuel. Il en parlait à ceux qu'il estimait dignes de confiance et prêts à l'entendre. Les mœurs de l'époque considéraient les pratiques homosexuelles comme moralement inacceptables et passibles de tomber sous le coup de la loi pénale. De nombreux homosexuels subirent la répugnance des autres, et la peur du châtiment quand ils étaient démasqués.


 
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