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Conan Doyle: Un scandale en Bohême  
EPISODE SUIVANT
PHOTOS DE PRESSE ET DE TOURNAGE
LES DÉGUISEMENTS DE SHERLOCK HOLMES
VIDEO CLIP
Irene Adler (Wikipedia)
Les Aventures de Sherlock Holmes  (1984–1985)
ALBUM PHOTOS DE L'ÉPISODE
Un Scandale en Bohème
A Scandal in Bohemia
Saison  1 - Épisode 1 (1984)
HOLMES INCARNÉ
Le 24 avril 1984, l'épisode pilote de la série Granada fait découvrir  le nouveau Sherlock Holmes aux téléspectateurs anglais. Le réalisateur Paul Annett a utilisé un stratagème de mise en scène pour entretenir le suspense.
De retour au 221b Baker Street, Watson appréhende l'état dans lequel il va trouver son ami. Le préambule de Mrs Hudson attise encore plus notre curiosité. Watson tergiverse et progresse lentement. L'attente se poursuit tandis qu'il sermonne Holmes sur les dangers de la drogue en découvrant la seringue dans le tiroir entrouvert.
Depuis le début du plan, nous ne voyons que la nuque ou le dos du détective devant la cheminée. Paul Annett se donne du temps. Il sait que nous brûlons d'impatience de découvrir  les traits du héros.
Puis, d'un mouvement lent, le visage superbement ciselé de Jeremy se retourne face à la caméra. Durant de longues secondes l'image se fige sur son expression énigmatique. Quel choc pour le téléspectateur ! Quel personnage magnétique et fascinant véritable incarnation vivante des dessins de Sidney Paget !
Production : Michael Cox, Stuart Doughty
Réalisation : Paul Annett  
Scénario : Alexander Baron
Décors : Michael Grimes, Margaret Coombes, Tim Wilding  
Musique : Patrick Gowers
3ème épisode tourné
Série 1: 1/7
1ère diffusion : Angleterre: 24 avril 1984 - ITV Network (1er épisode diffusé); Etats Unis: 14 mars 1985 - WGBH; France: 15 janvier 1989 - FR3 (4ème épisode diffusé)
Durée: 52 min.
Jeremy Brett ...  Sherlock Holmes
David Burke ...  Dr. John Watson
Gayle Hunnicutt ...  Irene Adler
Wolf Kahler ...  Roi de Bohemia
Michael Carter ...  Godfrey Norton
Rosalie Williams ...  Mrs. Hudson
Max Faulkner ...  John
Tim Pearce ...  Cabby
Will Tacey ...  Clergyman
LA GARANTIE D'UN SUCCÈS
Avec son exigence de fidélité au Canon et d'une production de qualité, Michael Cox a réussi son pari. Le succès est également dû au choix des deux héros dont la prestation donnait vie à l'œuvre de Doyle.
Physiquement, Jeremy était grand et svelte (76 kg pour 1,88m) à l'image du Détective qui mesurait 6 pieds, soit 1,80m mais paraissait encore plus grand en raison de sa minceur. Notons néanmoins la discordance d'âge par rapport au Canon. Sherlock Holmes a commencé sa carrière très jeune. En prenant 1854 comme sa date de naissance présumée, Holmes avait 24 ans lors de première enquête en 1878 et entre 27 et 28 ans, au début de sa collaboration avec John Watson en 1881 ou 1882. Lors du tournage, les deux acteurs avaient la cinquantaine, précisément 51 ans pour Jeremy, né en 1933 et 50 ans pour David Burke, né en 1934.
Jeremy connaissait le Canon sur le bout des doigts et s'y référait constament pour interpréter le détective : les mimiques, les haussements de sourcils, les gloussements ou les éclats de rire, la gestuelle, la froideur ou la retenue. C'est Holmes !
 
Le succès fut immédiat. Dès le pilote et à mesure des diffusions, il prit de l'ampleur et devint mondial ! Aux États-Unis, elle devint vite  très populaire sur PBS dans le programme Mystery! C'est ainsi que la série de la Granada devint la série culte qu'on apprécie encore aujourd'hui.
Durant un long gros plan, sa voix profonde s'élève enfin et nous captive par le célèbre monologue  "My mind rebels at stagnation" - en réalité extrait de la seconde nouvelle de Conan Doyle "Le Signe des Quatre".
 
"Mon esprit refuse la stagnation. Donnez-moi des problèmes, du travail. Donnez-moi le cryptogramme le plus abstrait ou l’analyse la plus complexe, et me voilà dans l’atmosphère qui me convient. Alors je puis me passer de stimulants artificiels. Mais je déteste trop la morne routine de l’existence ! Il me faut une exaltation mentale : c’est d’ailleurs pourquoi j’ai choisi cette singulière profession ; ou plutôt, pourquoi je l’ai créée, puisque je suis le seul au monde de mon espèce."
L'ART DU DÉGUISEMENT
Cet épisode est savoureux pour les déguisements de Holmes et la performance de Jeremy qui est méconnaissable.
Les dessins de Sidney Paget qui illustraient les Aventures dans le Strand Magazine ont servi de modèle pour créer costumes et déguisements. La ressemblance est frappante (voir photos de tournage).
 
Jeremy adorait se déguiser et jubilait de se métamorphoser en valet d'écurie "hirsute, le visage en feu et paraissant ivre. Il a des favoris et ses vêtements ne payent pas de mine. " D'ailleurs son déguisement en palefrenier était tellement réussi que le producteur lui-même ne reconnut pas son acteur en arrivant sur le plateau !
Pour le clergyman, il devient "un pasteur non-conformiste, aimable, un peu naïf. Avec un grand chapeau noir, un pantalon trop ample, une cravate blanche, un sourire plein de sympathie, un regard attentif et un air de curiosité bienveillante."
"LA FEMME"
Pour l’unique fois de son existence, Holmes s’allonge sur le lit d’une femme... "Lentement, avec une grande solennité, il fut transporté à l’intérieur de Briony Lodge et déposé dans la pièce principale. Je [Watson] pouvais apercevoir Holmes étendu sur le lit. J’ignore s’il était à cet instant, lui, bourrelé de remords, mais je sais bien que moi, je ne m’étais jamais senti aussi honteux que quand je vis quelle splendide créature était la femme contre laquelle nous conspirions, et quand j’assistai aux soins pleins de grâce et de bonté qu’elle prodiguait au blessé."
 
Pour Sherlock Holmes elle est LA FEMME ("The Woman"). Holmes éprouverait-il à l’égard d’Irène Adler un sentiment voisin de l’amour ? Absolument pas ! nous dit Watson, qui ajoute qu'elle laissa néanmoins "un souvenir douteux et discuté." Pour le moins ambigu... Effectivement, son esprit froid répugne à toute émotion et à celle de l’amour en particulier. Il en parle d'ailleurs avec raillerie ou s'en moque avec un petit rire ironique. Mais il craint surtout d'éprouver le moindre sentiment qui risquerait de mettre en péril ses facultés intellectuelles. Cœur et raison n'ont jamais fait bon ménage.
 
En tant que logicien, l’irruption d’une passion introduirait un élément de désordre. Il s'épargne donc les émotions fortes, et s'en tient toujours à l’écart. En tant que professionnel, Holmes a trouvé en Irène Adler quelqu'un à sa mesure. Elle a déjoué ses plans par sa vivacité d'esprit et son intelligence, et lui inflige l'un de ses rares échecs. Elle est la seule femme qui se montra plus maligne que lui. Il lui reconnaît ainsi des qualités supérieures à la moyenne. Il est impressionné et admiratif, sans être jaloux. Il la respecte et l'estime. Probablement parce qu'elle est son alter ego féminin. Holmes avait l’habitude d’ironiser sur la rouerie féminine, depuis ce jour il évite de le faire.
 
En tant qu'homme, on peut supposer que pour une fois, son cœur ait parlé et que Holmes ait ressenti une véritable émotion, très vite réfrénée. Elle est la seule femme dans tout le Canon pour laquelle Holmes exprime un élan physique. Pour toute récompense dans cette affaire, le détective ne demande que la photo représentant Irène Adler, c'est à dire un objet privé et intime. Holmes conserve précieusement ce trésor, comme une relique vénérée dans son tiroir fermé à clé. Dès qu'iil parle d’Irène Adler ou fait allusion à son portrait, c’est toujours sous le titre de 'La Femme'. Elle est l'archétype féminin, idéalisé et inaccessible.
 
Le producteur, Michael Cox, voit dans cette histoire une relation ambivalente de Le sexualité refoulée. On peut imaginer que Sherlock Holmes voue à Irène Adler un amour platonique.
L'HISTOIRE
(Juillet 1891)
Une mystérieuse lettre arrivée dans la journée au 221b, annonce la venue d'un inconnu le soir-même pour une consultation confidentielle. Pour préserver son anonymat, le visiteur entre masqué et se présente comme le comte von Kramm. Mais Holmes n'est pas dupe, il comprend qu'il fait face au roi de Bohême en personne. Décontenancé par la perspicacité du détective, l'homme jette son masque à terre et explique les raisons de sa venue.
 
Quelques années auparavant, le futur roi a eu une liaison avec une cantatrice anglaise, Irène Adler, à qui il avait promis le mariage. Cette dernière possède une photographie de leur couple illégitime qu'elle pourrait rendre publique pour lui nuire à l'annonce de ses fiançailles avec une princesse. Un scandale diplomatique doit absolument être évité et Holmes doit récupérer la photo compromettante. Il a trois jours pour agir avant la publication des bans.
 
Déguisé en palefrenier, Holmes s’infiltre à Briony Lodge, la résidence d'Irène Adler, pour glaner des informations, et ne se montre pas insensible au charme de la belle jeune femme. Il élabore ensuite tout un stratagème pour rentrer à l'intérieur de la villa. Cette fois grimé en clergyman, Holmes feint d'être blessé dans une altercation tandis que Watson lance un fumigène dans la pièce en criant au feu. Alarmée, Irène se précipite vers la cachette secrète de la photo révélant ainsi son emplacement au détective.
 
Elle comprend aussitôt qu'elle vient d'être piégée et part dès le lendemain à l'étranger emportant la photo compromettante. À la place dans la cachette, le détective trouve une lettre à son intention signée d'Irène et une autre photo d'elle-même. Elle a découvert son identité et déjoué ses plans !
 
Pourtant Holmes n'est pas inquiet, il sait qu'Irène ne présente aucun danger car elle aime un autre homme qu'elle vient d'épouser. Le détective a même été fortuitement le témoin de leur mariage à l'église !
Malgré son échec, Holmes gardera un souvenir ému et admiratif de la belle aventurière dont il conserve précieusement la photo. Une femme d'exception qui est et restera LA FEMME.
MRS HUDSON
Mrs Hudson, jouée par Rosalie Williams, est la logeuse du meublé de Sherlock Holmes au 221b Baker Street. C'est la seule femme qui le fréquente aussi intimement et le connaît aussi bien. La pauvre logeuse est obligée de supporter son locataire, désordonné et imprévisible, tandis qu'il n'a de cesse de la critiquer et la houspiller. Pourtant leur relation est complice et amicale. Qui aime bien châtie bien.
L'actrice parle de son rôle : "Je la vois comme quelqu'un de très ferme, mais aussi très compréhensive, une présence presque maternelle. "
Avec le plaisir de jouer ce personnage, s'ajoutait celui de retrouver Jeremy, avec qui elle avait travaillé quand il débutait sa carrière au Manchester's Library Theatre.
 
Dans l'imagination des lecteurs, Mrs Hudson tient une place plus importante qu'elle n'en a en réalité. Elle n'a pas plus de vingt lignes de texte dans tout le Canon ce qui est bien peu pour construire un personnage. Pourtant, Rosalie Williams y parvient merveilleusement et fait une composition très attachante. Elle apparaît brièvement à l'écran dans presque tous les épisodes, mais sa présence discrète fait  mouche à chaque fois.
Dans la série de Granada, son importance est pour l'occasion extrêmement accrue et développée par rapport aux nouvelles originales. Il s'agit d'une idée de Jeremy. Il a toujours accordé de l'importance à Mrs Hudson et au fil de la série, a developpé une relation privilégiée entre eux faite de  tendresse et d'humour, n'hésitant pas à proposer des scénettes et dialogues pour mettre son rôle en valeur.
L'ÉPISODE PILOTE
Jeremy craignait de montrer tous les 'clichés' holmésiens à l'écran dès le premier épisode : Holmes et la drogue, Holmes jouant du violon, Holmes et La Femme, Holmes et le fameux monologue, Holmes déguisé, etc.
Au final l'histoire se tient bien et esquisse un portrait habile et réussi du détective. Dès l'origine, se manifeste la volonté de Granada d'être le plus fidèle possible aux textes et à l'univers de Conan Doyle.  
Le scénario reste très proche de l'œuvre originale et on retrouve des dialogues entiers extraits du Canon : le prologue de Watson sur Irene Adler, la célèbre réplique de Holmes "I am lost without my Boswell" ("Sans mon historiographe, je suis un homme perdu"), le dialogue sur la solution à 7% de cocaïne. Dans l'épisode, Holmes précise aussi qu'il a créé la profession de détective consultant qu'il est le seul au monde à exerce r-  précision canonique extraite d'"Une étude en rouge".
 
"Scandale en Bohème" a été choisi pour ouvrir la série puisqu'il correspond à la première nouvelle du recueil de Conan Doyle, Les Aventures de Sherlock Holmes.
Tourné en Juin 1983, il n'était cependant pas le premier épisode filmé de la Granada, mais le troisième, le premier étant "Le Cycliste solitaire". En effet,  le producteur Michael Cox désirait permettre aux acteurs de s'habituer à leur personnage et à l'équipe de prendre ses marques avant de tourner cet épisode crucial sur lequel allait être jugée la série.
HOLMES ET LES FEMMES
'Scandale' présente les deux femmes les plus importantes dans la vie de Sherlock Holmes : Mrs Hudson et Irene Adler.
 
IRÈNE ADLER
La superbe actrice américaine, Gayle Hunnicutt, qui interprète Irène Adler est née en 1943 à Fort Worth au Texas. L'actrice portait le parfum Bluebell, qui, avoua un jour Jeremy, avait beaucoup perturbé Holmes... Qui pourrait en effet résister au charme de la magnifique Gayle Hunnicutt ? Ni Jeremy, ni même Holmes !
Dans le Canon, Irène Adler est une très belle aventurière née en 1858 dans le New Jersey. Après avoir abandonné la scène elle réside à Londres, tout en donnant quelques récitals. Elle est la seule femme à faire subir à Holmes l'un de ses rares échecs et réussit également l'exploit de faire battre son cœur.
Ses caractéristiques la rendent également unique : non-conformiste, féministe avant la lettre et préfigurant le type de la garçonne, elle dirige sa vie comme elle l'entend. Pour filer le détective, elle se déguise en homme, chose osée pour l'époque, lui avouant "avoir profité de la liberté d’allure que le costume masculin autorise".
Holmes lui reconnaît des qualités d'esprit, d'habileté et de vivacité supérieures à la moyenne.
Pour le remercier d'avoir été témoin à son mariage, Irène lui offre un souverain en or que le détective accroche à sa chaîne de montre, laissant Watson perplexe. Et comme récompense de cette affaire, Holmes choisit la photo d'Irène alors que le roi lui offre une bague sertie d'émeraudes qui vaut une fortune, car à ses yeux la photo a une valeur inestimable.
ÉCHOS DE TOURNAGE
La production a prêté attention aux moindres détails, décors, costumes, accessoires, jusqu'aux titres des journaux qui concordaient aux évènements de l'époque. Certaines scènes entières sont ainsi la copie conforme des dessins de Sidney Paget. Par exemple, celle de la visite du roi de Bohème au 221b Baker Street, celle où Irène Adler déguisée en homme souhaite le bonsoir à Holmes en passant sur le pas de sa porte ainsi que celle du mariage.
 
Les tournages en extérieur eurent lieu à Grassendale à Liverpool pour la résidence d'Irene Adler, Briony Lodge, Serpentine Avenue, d'autres scènes furent tournées à Tatton Park dans le Cheshire.
L'emplacement de l'église où le mariage d'Irène Adler a lieu est l'église Bowdon Downs, The Upper Room Christian Fellowship on The Downs, à Altrincham près de Manchester
ANECDOTE DE TOURNAGE
Le réalisateur Paul Annett raconta une anecdote révélatrice du trac de Jeremy, lors du tournage de la scène où Holmes, de retour de Briony Lodge, retire son déguisement de garçon d'écurie tout en parlant à Watson :
"Jeremy devenait nerveux à l'idée de se voir à l'écran. Nous étions en train de filmer la scène de "Scandale" où Jeremy retire son maquillage de palefrenier assis, face à un miroir, au 221b. Nous avions deux caméras qui filmaient la scène parce que nous ne voulions pas recommencer et qu'il remette tous ces accessoires de palefrenier une nouvelle fois, le faux nez etc... Il était assis, se démaquillant quand tout à coup, il oublia son texte. Cela n'arrivait jamais à Jeremy qui était un acteur très professionnel. Je lui dis: 'Jeremy, qu'est-ce qui t'arrive? Qu'est-ce qui se passe?'  Il répondit : 'Je regardais dans le miroir et tout à coup j'ai vu Jeremy.' Je lui dis : 'Mais Jeremy c'est Sherlock - tu es Sherlock - et c'est lui que tu vois.' Parce qu'il enlevait un déguisement outrancier, il était paniqué à l'idée de se voir lui même."
Heureusement, l'acteur parvint à se reprendre et terminer cette scène difficile. L'unique prise fut la bonne !
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