Jeremy ne déçut pas son mentor et fut engagé dans la prestigieuse compagnie du "National Theatre". Mais Sir Olivier désapprouva fortement la décision de son nouveau disciple de s'envoler peu après aux Etats-Unis pour jouer dans "My Fair Lady" en 1964. Il fit de son mieux pour le retenir, mais l'appel d'Hollywood fut le plus fort. Jeremy pouvait-il refuser une telle aventure ? un tel bonheur de jouer Freddy Eynsford-Hill aux côtés d'Audrey Hepburn ? une telle opportunité de faire carrière en Amérique ? La Warner Bros. dut débourser 10.000 $ au "National Theatre Group" pour délier Jeremy de son contrat.Après le tournage de "My Fair Lady", Jeremy enchaîna en jouant dans "A Month in the Country" et monta sur la scène de Broadway pour "The Deputy". Cette pièce très controversée sur le thème de l'attitude de l'Eglise façe au Nazisme connut un énorme succès avec 109 représentations et suscita une énorme polémique.Un bref moment Harry Saltzman et Albert R. Broccoli pensèrent à lui pour le rôle de James Bond dans "Au service secret de sa Majesté" (1969) après que Sean Connery eût abandonné la série en 1967, mais le rôle alla finalement à l'Australien George Lazenby. Plus tard une deuxième audition pour le rôle de 007 dans "Vivre et laisser mourir" (1973) fut tout aussi infructueuse, puisque Roger Moore devint cette fois l'espion convoité.Jeremy rentra en Angleterre et son retour marqua ses vrais débuts au "National Theatre". Olivier lui offrit de grands rôles dans ses productions. Il interpréta Shakespeare, avec Orlando dans "Comme il vous plaira" et Bassanio dans "Le Marchand de Venise". En 1969, il incarna un Che Guevara plus vrai que nature dans la pièce de John Spurling "MacRune's Guevara". Pour entrer dans la peau du révolutionnaire bolivien, Jeremy passa près de six mois à sillonner l'Amérique Latine en auto-stop. Très intrigué par les exploits du Che là-bas, il suivit sa route pour obtenir la meilleure approche et compréhension de son passé. Aux côtés de Maggie Smith, il joua dans "Hedda Gabler" de Henrick Ibsen, sous la direction d’Ingmar Bergman, au "Cambridge Theatre" à Londres en 1970. Ses partenaires de la période du "National Theatre" étaient, entre autres, son ami de toujours Robert Stephens, Maggie Smith, Anthony Hopkins, Derek Jacobi ou Joan Plowright, la femme de Sir Laurence Olivier.Jeremy était un homme de théâtre. Sa passion l'amena à se produire sur les grandes scènes anglaises et à participer à des festivals en Angleterre (Chichester) et à l'étranger (Stratford Shakespeare Festival au Canada et aux Etats-Unis). Il partagea l’affiche avec Alec Guiness dans la pièce de John Mortimer "A voyage ‘Round My Father" (Theatre Royal, Haymaket, Londres, 1971) Ingrid Bergman dans "A Month in the Country" d'Yvan Tourgueniev (Cambridge Theatre, Londres, 1965) ou avec Vanessa Redgrave dans "Design For Living" de Noël Coward (Phoenix Theatre, Londres,1973).
Page 1 Page 2 Page 3ntre temps, Jeremy poursuivait sa carrière. Il se rendit en 1963 au festival de théâtre de Chichester où Laurence Olivier préparait son répertoire pour la nouvelle saison. Le célèbre acteur attendait de chacun de ses élèves qu'il "ait le corps d'un Dieu et la voix de tout un orchestre".
Joan avait assisté spécialement à la représentation de "Design For Living" pour le séduisant Jeremy. En le voyant sur scène dans le rôle d'Otto, elle sut qu'il était "l'homme de sa vie". Séduite par sa manière de se déplacer, Jeremy raconta plus tard qu'elle lui dit : "Ce n'était pas ce que tu disais chéri, c'était la façon dont tu bougeais tes fesses !" En fait tous deux eurent l'occasion de travailler ensemble à plusieurs reprises. D'abord en 1975, lorsque Jeremy terminait le tournage de "The Rivals" et enchaînait avec celui de "The School for Scandal". Joan le choisit alors parmi tous les autres acteurs pour discuter devant la caméra en préambule de la pièce pour son émission "Classic Theatre". Cette rencontre, qui ne devait durer que quatre minutes, se prolongea deux heures et demie ! Puis quand Jeremy remplaça le présentateur attitré Alistair Cooke dans l'émission "Masterpiece Theatre" et quand il présenta en 1976, la cultissime série de PBS, "Piccadilly Circus" produite par Joan.Joan et Jeremy finirent par tomber amoureux. Joan organisa leur première "vraie" rencontre non professionnelle. L'alchimie se produisit entre eux au premier regard et leur histoire d'amour culmina par leur mariage le 22 Novembre 1977. Jeremy considéra immédiatement comme les siens les deux enfants de Joan, Caleb et Rebecca. Tous les quatre s'installèrent à Boston où travaillait Joan.Leur couple n'était cependant pas ordinaire. Chacun menait une vie très indépendante qui leur convenait bien, car ils étaient tous deux passionnés par leur carrière. Productrice exigeante, Joan était totalement investie dans son métier, se considérant elle-même comme un être plutôt solitaire et un bourreau de travail. Jeremy déclara que les périodes qu'ils partageaient ensemble étaient particulières et exceptionnelles, et leur union basée sur une compréhension et une acceptation uniques l'un envers l'autre.
ès l'orée des années 60, Jeremy était rarement absent des écrans de télévision britanniques. Les téléspectateurs l'apprécièrent dans des séries classiques à ses débuts. Il incarna un fougueux D'Artagnan dans l'adaptation des "Trois Mousquetaires" de 1966, le brillant dandy désoeuvré Vicomte Goring dans la pièce "Un Mari Idéal" en 1969. Dans l'œuvre d'Oscar Wilde "Le Portrait de Dorian Gray", il joua les deux rôles du fascinant modèle Dorian en 1963, et du peintre Basil Hallward en 1976.
'est à l'occasion de cette formidable pièce sur le thème du ménage à trois que Jeremy connut sa deuxième femme, Joanie. Joan Wilson Sullivan venait d'une ferme dans le Wisconsin et du sang Cherokee coulait dans ses veines. Elle était productrice à la télévision américaine pour WGBH à Boston depuis 1967. Passionnée de télévision britannique, Joan réussit à construire un pont délicat entre les Etats-Unis et l'Angleterre en proposant des programmes anglais sur les écrans publics américains. Elle créa des émissions d'anthologie "Masterpiece Theatre" pour le Public Broadcasting Service of America (PBS) qu'elle défendit pendant 18 ans et "Classic Theatre" qui lui valut de remporter 12 Emmys et l'émission "Mystery !" en 1980.
Dans le répertoire de Shakespeare, il tint le rôle de Bassanio dans "Le Marchand de Venise" aux côtés de Sir Laurence Olivier en 1970 ; et celui de Malcolm dans l’adaptation télévisée de "Macbeth" en 1982, devenue une vidéo de référence à des fins pédagogiques utilisée dans les écoles anglaises et américaines.Son interprétation de Max de Winter fut très remarquée dans la version télévisée de 1979 du roman de Daphné du Maurier "Rebecca". Les critiques élogieuses estimèrent sa prestation supérieure à celle de Laurence Olivier dans le film d’Hitchcock de 1940. Le tournage réunit Jeremy, le héros tourmenté, Anna Massey, la sinistre Mrs. Danvers, leur fils David, qui tenait un petit rôle, et Joan, la productrice du film !Lors d'interviews, Jeremy regrettait que son physique de jeune premier élégant et aristocratique, sa "pretty face", l'aient prédisposé à des rôles classiques, en particulier au théâtre. Il plaisantait sur le fait qu’il ait rarement l'occasion de jouer des personnages au-delà du 20ème siècle et encore moins des contemporains. Finalement, il se considérait lui-même comme un romantique dans l'âme.Ainsi les téléspectateurs l'ont vu dans les rôles de Lord Byron en 1970, du poète Robert Browning dans "The Barretts of Wimpole Street" en 1982, du magistral Premier Ministre William Pitt the Younger dans "Number 10 : Bloodline" en 1983.On put le voir également dans des registres variés et des personnages éclectiques. Plus d'une soixantaine de rôles à son crédit. Voyou meurtrier dans "The Seven Eyes of Night" en 1967, complètement halluciné ou hanté dans les séries "Haunted" et "Supernatural", psychopathe dans "The Secret of Seagul Island" en 1981. Et fut même la "Guest Star" de séries plus inattendues : "The Champions", "Battelstar Galactica 1980", "La Croisière s'amuse" et ... "Hulk"... ! Jeremy aurait aimé jouer des comédies. Pour lui, faire rire les gens était le plus gratifiant. On peut apprécier son talent comique dans "On Approval", la jouissive et désopilante pièce de Frederick Lonsdale, télévisée en 1982.Considéré comme l'un des plus séduisants interprètes et l'une des plus belles voix masculines, Jeremy s'illustra également sur la scène musicale britannique : "Meet Me by Moonlight" en 1957, "Marigold" en 1959, et "Johnny the Priest" en 1960, l'une de ses dernières prestations. Pour la soirée télévisée de Noël 1968, il chanta si merveilleusement le Comte Danilo dans l'opérette "The Merry Widow", que son meilleur ami Robert Stephens confia avoir été fou de jalousie pour la première fois de sa vie !Jeremy, dont la réputation et la notoriété étaient bien établies en Angleterre, connut également un grand succès au théâtre Outre-Atlantique. En 1978, il triompha en incarnant un comte Dracula mortellement séduisant dans la pièce éponyme au Ahmanson Theatre de Los Angeles. Jeremy jubilait dans ce rôle, malgré la lourde cape de presque 15 kilos. Public et critiques l'adoraient.Dans ce même théâtre en 1980, il découvrit l'univers holmésien en jouant le Dr John Watson dans "The Crucifer of Blood" aux côtés de Charlton Heston en Sherlock Holmes. Le public l'acclama dans la truculente comédie de salon, "Aren’t We All? ". Pour sa dernière apparition sur une scène new-yorkaise, il joua William Tatham, aux côtés de Rex Harrison et Claudette Colbert.En 1982 Jeremy produisit, mit en scène et interpréta "La Tempête" de Shakespeare à Toronto au Canada. Ce fut un échec cinglant qu'il admit bien volontiers : "Je suis d’abord et avant tout un acteur".

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JB en BREF CITATIONS INTERVIEWSL' Homme
SES AMIS SUITE cette époque la chaîne de télévision Granada Television l'avait déjà contacté pour lui proposer d'interpréter Sherlock Holmes. Le producteur et initiateur du projet, Michael Cox, considérait que Brett était l'interprète idéal. Il possédait à la fois, la voix, l'intelligence, l'énergie, l'aristocratie, l'autorité … et le physique. Sa ressemblance, avec les illustrations du célèbre détective dans le Strand Magazine par Sydney Paget était saisissante.
Dès février 1982, son meilleur ami Robert Stephens l'avait mis en garde, lui déconseillant d'accepter. Lui-même avait enfilé la panoplie du détective en 1970 dans le film de Billy Wilder "La vie privée de Sherlock Holmes". Ce fut une expérience douloureuse dont il ne sortit pas indemne. Un héros écrasant et un tournage épuisant le rendirent malade. Il sombra dans une sévère dépression qui aggrava son alcoolisme. Stephens alerta son ami : "Tu vas devoir descendre dans de telles profondeurs pour trouver cet homme que tu vas t'auto-détruire. J'ai eu de la chance qu'il ne m'ait pas tué."Son fils David était également sceptique. Il craignait que ce rôle n'affecte la santé et l'équilibre fragile de son père. Tous deux virent malheureusement se réaliser leurs craintes quelques années plus tard.Jeremy pour l'instant avait un autre projet en tête. Il voulait réaliser un film tiré de sa pièce shakespearienne "La Tempête" et cherchait les fonds nécessaires. Mais compte-tenu de son échec au théâtre, ses espoirs étaient compromis, d'autant plus qu'une grande adaptation au cinéma de cette même œuvre était prévue avec John Cassavetes. Il reconsidéra la proposition de la Granada, après avoir relu en vacances, à la Barbade, toute l'œuvre d'Arthur Conan Doyle (dite le "Canon"). Le charme et le mystère de Sherlock Holmes balayèrent d'un coup de vent "La Tempête" et Prospero.Jeremy accepta le rôle fin 1983. "The game is afoot !" - la partie commence - aurait dit Holmes.Printemps 1984, le 24 Avril, "Un scandale en Bohême" fit découvrir au public britannique le nouveau visage de Sherlock Holmes. La mise en scène de l'épisode pilote entretient le suspense. La caméra s'attarde sur la nuque du détective, puis, lentement, le visage admirablement ciselé de Jeremy se retourne, se dévoilant enfin face aux téléspectateurs. Pendant de longues secondes, l'image se fige sur ses traits énigmatiques, véritable incarnation d'un dessin de Sidney Paget. Holmes est vivant ! Son pouvoir de fascination et son magnétisme transcendent l'écran. Sa voix s'élève alors, profonde et captivante, dans le magnifique monologue "Mon esprit refuse la stagnation". Dans un concert de louanges, public et presse adhérèrent immédiatement à ce nouveau héros.Grâce à sa formidable maîtrise de la technique d'interprétation de la "Méthode", aussi appelée "becoming", mise au point par Constantin Stanislavski, auteur de "La Formation de l'acteur" et de "La Construction du personnage", Jeremy redonna vie à Sherlock Holmes. "Vous devenez la personne que vous interprétez. Telle une éponge, vous extrayez votre propre liquide et absorbez le liquide de la créature ou de la personne que vous jouez" pour en faire ressortir toute la quintessence. Cependant, si ce rôle scella la notoriété mondiale de Jeremy, il le perturba aussi dangereusement. Ce personnage complexe le fascina au point de s'y investir corps et âme. Obsédé par Holmes sur lequel il fit de multiples recherches, il ne quittait jamais son petit carnet rouge de 77 pages où il avait tout consigné : les gestes excentriques des mains, le rire brusque et violent, la façon de boire et de manger, etc... Le "Canon" doylien était devenu sa Bible, il le lisait, le relisait des nuits entières, s'y référant constamment. Passionné et perfectionniste, aucun détail ne lui échappait. Son détective est analytique, obsessionnel, parfois dépressif. Il l'a rendu plus humain, plus complexe et plus entier, révélant des aspects insoupçonnés de son caractère, en restant fidèle autant que possible aux écrits de Conan Doyle. Pour beaucoup - holmésiens ou non - Jeremy Brett incarne le Sherlock Holmes "définitif".


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